Le 61-63 et 65 rue de Seine (et 68 rue Mazarine)

 

Les 61, 63, 65

Les 61, 63, 65 rue de Seine

Nous traiterons dans un même article tous ces immeubles puisqu’à l’origine ils n’en faisaient qu’un. Ils sont intéressants à bien des points de vue. Mais il en est un bien particulier : Claude Vellefaux, l’architecte de l’hôpital Saint-Louis, en fut sans doute le constructeur et certainement le propriétaire. Il y vécut de nombreuses années.

Les Prevost, premiers occupants des lieux

Remontons à l’année 1530. Le premier propriétaire de la parcelle de terre qui occupait l’emplacement des numéros 61, 63 et 65 rue de Seine et 68 rue Mazarine s’appelait Nicolas Prevost. C’était un libraire-éditeur fort connu qui travaillait avec les couvents des Celestins et des Jacobins et faisait aussi grand négoce de livres d’usage, comme des Missels, Bréviaires, Diurnaux et Heures. Sa marque était fort belle si on en juge la reproduction trouvée dans l’ouvrage de L.-C. Silvestre.

 Il acquit  le terrain le 11 mai 1530 de l’aumônier de Saint-Germain-des-Prés qui le lui bailla à cens1 et à rente pour 55 sols 6 deniers parisis2. Ce dernier avait affirmé que le lot avait une superficie de 37,5 perches mais il se révéla qu’il n’en faisait que 27 perches 3/4 (950m2 environ). Point content du tout, Nicolas Prévost se plaignit à l’abbé de Saint-Germain-des-Prés afin qu’on procédât à un arpentage officiel. Ce qui fut fait en octobre 1531. On lui donna gain de cause et l’on fixa les cens et rente à la somme de 55 sols et 6 deniers parisis, payables chaque année le jour de la Saint-Rémi. Son voisin de droite, Philippe Lenoir, exerçait le même métier que lui.

Bail fait à Nicolas Prevost en 1530 par l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés

Selon La Caille, Nicolas Prévost disparut en 1530. Malheureusement, nous n’avons pas d’autres précisions, cependant il est certain qu’il avait quitté ce monde en 15333 et que les héritiers vendirent le terrain changea de main entre 1533 et 1535.

La famille Sosson

En effet, Me Michel Sosson, procureur au Grand Conseil du roi et sieur de Rouville en Bauce, devint propriétaire «comme ayant les droits de la veuve Prevost et des héritiers de Nicolas Prevost »4.

Il s’empressa de faire construire un hôtel conforme à sa position5 qui avait 21 pieds de long (environ 7m) sur 15 pieds de large (environ 5m). La chambre haute n’avait que 2,60 m de hauteur. Par contre, les fondations s’enfonçaient jusqu’à 3,20 m en profondeur. Le bâtiment était couvert d’ardoises. Il y avait un beau jardin et dans celui-ci une étable (écurie).

En 1546, Michel Sosson et Marie Martel, sa femme, marièrent René Sosson leur fils à leur nièce, Jacqueline Moreau qu’ils appelaient affectueusement Jacquette. À cette occasion, outre 157 écus d’or soleil, des terres labourables et des vignes et un trousseau pour la future, ils donnèrent aux futurs époux la jouissance pour six ans d’un petit corps d’hôtel attenant la maison qu’ils habitaient rue de Seine qui avait issue sur les fossés de la Ville entre les portes de Bussy et de Nesle, la rue Mazarine actuelle6.

Les actes du minutier central nous permettent de suivre Michel Sosson jusqu’en 1551 qui fut l’année où il engagea pour six ans une servante  moyennant l’habillement «et choses qui luy seront nécessaires » plus 25 livres, deux robes et deux chaperons que la servante devait recevoir à l’issue de ces 6 ans7.

Ce sera la dernière fois que nous  verrons Michel Sosson vivant à travers des actes notariés. Il serait donc décédé entre juillet 1551 et mai 1555, date à laquelle sa femme, devenue veuve, fit son testament et ordonnance de dernières volontés « étant sur ses pieds, saine de bon propos, mémoire et entendement, sans aucune maladye »8.

Testament de Marie Martel

En 1564, Marie Martel, fit don à son fils René et à sa brue Jacquette Moreau, de la moitié de la maison de la rue de Seine qui comportait en plus du bâtiment d’habitation une cour, une étable et un jardin9. La mention du voisinage de la maison était fort intéressante du point de vue topographique : à droite vers la rue de Seine, on trouvait Jean Martin, procureur en la cour de Parlement au lieu de Philippe Lenoir et vers les fossés, Guillaume Lenoir, fils de Philippe Lenoir. Il y avait donc eu partage de la parcelle de terre voisine. De l’autre côté, à gauche, les propriétaires étaient les fils et héritiers d’un certain Denis Dupont qui en avait été le premier propriétaire.

Massacre de la Saint-Barthélémy

Nous perdons ensuite la trace des propriétaires pendant les années suivantes qui furent fort troublées par les guerres de religion entre la Ligue et le futur Henri IV.  En 1572, les cris « Saint-Barthélémy » eurent leurs échos dans Saint-Germain-des-Prés lorsque les sbires de Guise poursuivirent les huguenots rassemblés au Petit Pré aux Clercs et dans la rue Visconti qui s’appelait alors rue des Marais.

Nous retrouvons la famille Sosson à l’occasion du mariage de leur fille Marie qui épousa maître René Corrard, avocat en la cour du Parlement. En faveur de ce mariage, René Sosson versa la coquette somme de 10 000 livres.

Deux ans après, toute la famille Corrard–Sosson s’installait rue de Seine, sans Marie qui était décédée mais avec son fils prénommé Roch. C’est alors que René Sosson versa le 11 juillet 1580 à son gendre le complément de dot qu’il devait encore, c’est-à-dire 1666 écus 3/4.

René Sosson mourût en 1587. Sa femme Jacqueline Moreau dut décéder peu de temps après.

La guerre et le siège de Paris étaient passés par là. Comme presque toutes les autres maisons construites le long des fossés de la Ville, la maison des Sosson avait été ruinée sur ordre du Prévôt de Paris afin d’empêcher les troupes de Henri IV de monter en haut des immeubles et attaquer Paris. Les héritiers en vendirent ce qui en restait à Me Etienne Bonnet qui le revendit aussitôt à Claude Vellefaux10.

Déclaration de Vellefaux à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés (1595)

1595- 1753. Claude Vellefaux et ses descendants

Aussitôt, Claude Vellefaux, en bon architecte qu’il était, reconstruisit une maison qui comportait un corps d’hôtel le long de la rue de Seine d’un étage au moins, une allée centrale qui menait à une cour avec une étable, un jardin derrière et une autre cour avec issue par un autre corps d’hôtel sur les fossés d’entre les portes de Buci et de Nesle .

Hôtel de Gondi puis hôtel de Condé

Natif de Percey-le Grand11, comté de Bourgogne, Claude Vellefaux était arrivé à Paris peut-être avant 1582 avec son frère François. C’est à cette époque qu’il construisit pour 4909 écus soleil avec Robert Marquelet pour Jérôme de Gondi plusieurs bâtiments12 dont ils donnèrent quittance générale en mars 1583.

Ayant obtenu en 1595 l’un des quatre offices de juré-expert du roi es-oeuvre de maçonnerie, on le retrouve en le 19 juillet 1599 lorsque la Ville procéda à l’adjudication à la bougie de travaux à faire sur la porte Saint-Germain. Très habilement, il se présenta à l’extinction du feu de la 3e bougie, proposa un prix de 13 écus 50 sols la toise, défiant ainsi son concurrent. La Ville lui confia donc la tâche.

L’année suivante, il obtint sa naturalisation.

Naturalisation de C. Vellefaux (A.N. , P 2666)

Le travail ne manquait pas pour lui d’autant plus qu’il obtint la charge de grand voyer de l’abbaye de Saint Germain des Prés et fit le bornage du Pré-aux-Clercs. Collaborateur de Quesnel, il élabora avec lui un plan des lieux  où Marie de Médicis voulait construire son Palais, le Luxembourg.

Les gouverneurs de l’Hôtel-Dieu lui commandèrent de nombreux ouvrages :  en 1605, il eut à construire  une terrasse au bord de l’eau et deux ans plus tard la salle Saint-Thomas, puis en 1617 la salle Saint-Denis. Dès 1599, la Ville lui passa le marché de la réfection du portail de la porte de Saint Germain. Quelques années après, il construisit le réservoir des halles et exécuta de nombreux travaux et expertises en l’Hôtel de Ville. En 1615, en tant que juré expert, il inspecta l’état des conduites des eaux à Rungis . En 1617, il donna l’alignement des piles du pont Saint-Michel pour faciliter le cours de la rivière et la navigation et deux ans après il donna l’état des arches du Petit-Pont qui menacait s’écrouler. On pourrait ainsi continuer cette  liste qui deviendrait fastidieuse  !

Le couronnement de sa carrière fut certainement la construction du splendide hôpital Saint-Louis commandé par Henri IV, commencé en 1608 et terminée 4 ans plus tard.

Hôpital Saint-Louis

Toutes ces responsabilités ne l’empêcha pas de fonder une famille en épousant Laurence Hébert, fille d’un marchand de Saint-Germain-des-Prés.

Désespérant  avoir des enfants, le couple se fit donation mutuelle de tous leurs biens en 160513… et finallement  deux filles,  Laurence et Anne, naquirent.

 Nous avions laissé Claude Vellefaux en 1604 alors qu’il construisait des bâtiments donnant sur les rues de Seine et Mazarine. Toutes ses nombreuses occupations professionnelles ne l’empêcha pas d’en terminer les travaux et de s’y installer. Il loua le bâtiment qui donnait sur le fossé d’entre les portes de Bussy et de Nesle (maintenant 68 rue Mazarine) à un certain sieur Doulcet, cuisinier de son état. La maison louée se composait alors d’un corps d’hôtel avec une salle basse au rez-de-chaussée, caves et cellier en dessous, deux chambres au premier étage, un autre bâtiment avec une écurie et quatre petites chambres au-dessus, enfin une troisième construction avec cuisine au dessus de laquelle il y avait deux autres chambres, cour, jardin, puits garni de sa poulie de cuivre. Il louait le tout pour 600 livres par an avec obligation de payer toutes les taxes habituelles (fortifications, boues et lanternes, taxes des pauvres etc)

L’église Saint-Benoit sur le plan de Turgot

Comme les affaires marchaient bien, il acquit à partir de 1610 plusieurs maisons à Saint-Germain-des-Prés et à Paris et lorsqu’en 1616, une occasion s’offrit à lui d’acheter une maison au cloître Saint-Benoit le-bien-tourné devant la grande porte de l’église, il l’acquit pour 9 000 livres et s’y installa avec sa famille au moins à partir de 1622. Il loua alors celle de la rue de Seine pour 725 livres à Robert Chevallier, marchand et bourgeois de Paris.

Ses filles grandissaient. Laurence, l’aînée, épousa en 1624 Valentin Hieraulme14, docteur régent en la faculté de médecine. Par contrat, Claude Vellefaux donna à sa fille la somme de 13 000 livres  tandis que  François Hieraulme en apportait 12 000  à son fils Valentin. Le futur époux  allouait à son épouse un douaire préfix de 300 livres tournois de rente.

Claude Vellefaux se sentait vieillir, son écriture devenait de plus en plus tremblante.  Il commença  à mettre de l’ordre dans ses affaires tout d’abord en rédigeant son testament15,  par lequel il légua à l’Hôtel-Dieu trois arpents et demi de terre, à son directeur de conscience 30 L et  à sa paroisse quatre belles nappes d’autel et un bassin en vermeil. Le 1er juillet 1627, incapable d’agir lui-même, il donna procuration à sa femme pour louer une partie de la maison de la rue de Seine à Jean Cristofle, maître pâtissier à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le 27 octobre suivant, il vendit son office à Christophe Gamard, son neveu par alliance et son disciple  (( A.N., M.C., LXXIII/196, Vente de l’offfice de C. Vellefaux à C. Gamard du 26/10/1627 )).

La mort vint vraisemblablement en janvier 1629. En tout cas, l’inventaire (que nous n’avons pas retrouvé) commença le 16 février sous l’égide de Me Saint-Vaast, son notaire. Sa clôture fut signée par Musnier le 13 mars suivant.

Les malheurs continuèrent pour la famille Vellefaux. Laurence, sa fille aînée, mourut lorsqu’elle mit au monde une fille prénommée Catherine et son mari la suivit dans la tombe en 1630,16

Cependant, le bonheur revint en la personne d’un futur époux pour Anne Vellefaux. L’élu était Gilles Sanglier, seigneur de Joué et de la Noblaye qui descendait d’une famille très ancienne et était le petit-fils de Jacques Sanglier, et de Jacquette de Chezelles qui apporta en se mariant La Noblaye, petite et belle seigneurie du Poitou, située près de Lémeré.17.  Le contrat de  mariage fut signé le 11 novembre 163018

Le château de La Noblaye près de Leméré

Le château de La Noblaye près de Leméré

Si au début de leur mariage, Gilles Sanglier et Anne Vellefaux, sa femme, s’installèrent chez Laurence Hébert, sans doute pour mieux la réconforter, ils allèrent ensuite assez vite s’installer dans l’adorable château de La Noblaye où d’ailleurs Laurence Hébert, la mère d’Anne, fit de fréquents et longs séjours. Cependant, pour faciliter la gestion de ses affaires et de celle de sa belle-mère,  Gilles Sanglier s’était réservé un appartement dans l’immeuble de la rue Mazarine, ce qui lui permettait  de se rendre à la signature des  baux qu’ils faisait de ses maisons de Paris. C’est ainsi qu’en 1643, il loua une partie de la maison de la rue de Seine à Pierre Ruette, sieur de La Russelière et Catherine de Choisy sa femme et une autre partie à Adam Feber.

La même année Etienette Vellefaux, la nièce de Claude Vellefaux et l’épouse de Christofle Gamard, celle que Laurence Hébert avait élevée comme sa fille, mourut. Elle laissait trois garçons Christofle, architecte, Hubert maçon et François un jeune étudiant de 17 ans.

La vie de la veuve Vellefaux n’était pas qu’émaillée de chagrins et de deuils. Sa petite fille, Catherine Hieraulme, fille de son aînée Laurence, épousa en 1644 Vincent Lebret, conseiller du roi en la cour de Parlement, fils de Julien Lebret, intendant des affaires du duc de Longueville. Ce fut un beau mariage au contrat duquel signèrent bien entendu Henri d’Orléans, duc de Longueville et sa femme Anne de Bourbon-Condé, la fille du grand Condé.

Signatures du contrat de mariage

Elle ne s’était pas rendue au mariage de sa petite fille, sans doute n’en avait-elle plus la force. Trois ans plus tard, en 1646, elle acheva de mettre de l’ordre dans ses affaires en donnant tous les biens qui lui restaient à Catherine Hiéraulme et Anne Vellefaux. Il s’agissait d’une maison rue des Boucheries (l’Image Saint Martin) achetée par ses parents en 1566, une autre rue des Mauvais Garçons (l’Écharpe Blanche), une troisième rue des Rosiers, des terres à Vaugirard et enfin sa maison du cloitre de Saint-Benoit. Elle demandait en échange une rente viagère de 1 500 livres.

Cependant elle n’en avait pas fini avec le cortège des deuils : elle vit partir le 12 décembre 1649, Christofle Gamard, le disciple de son époux et son neveu par alliance puis sa petite fille Catherine Hiéraulme en 1651. Trop âgée pour se déplacer, elle fit procuration à son gendre Gilles Sanglier pour assister à l’inventaire. Laurence Hébert finit par s’éteindre au château de La Noblaye le 22 août 1660 au mileu des huit petits enfants que lui avait donnés Anne Vellefaux et Gilles Sanglier.

Où une partie de la maison est séparée du reste et vendue (le 61)

En 1668, des besoins urgents d’argent se firent sans doute sentir puisque les époux Sanglier décidèrent de vendre une partie de l’immeuble sur la rue de Seine. Ne voulant pas effectuer le déplacement de La Noblaye jusqu’à Paris, ils donnèrent procuration à Hubert Gamard, fils de l’ancien disciple de Claude Vellefaux, donc son petit-neveu par alliance.

La partie vendue était celle qui porte actuellement le numéro 61.

Les acheteurs étaient Charles Lheureux, officier du secrétaire d’état Le Tellier, et sa femme Antoinette Tripache. Ils connaissaient parfaitement les lieux puisque leur gendre, le sieur Bazoche, maître pâtissier, en était le locataire. La maison se composait de deux corps de logis de trois étages reliés par une galerie avec une courette entre les deux. Cette disposition des lieux persistera jusqu’à la fin du 20e siècle. La vente se faisait moyennant la somme de 13 000 livres que le sieur Lheureux versa immédiatement entre les mains d’Hubert Gamard. Il y avait urgence puisque sur ce montant , 7000 livres, était consacré à cautionner un emprunt que les Sanglier avaient fait auprès de Me Nicolas Delaplace, procureur au Châtelet. Trois mois plus tard le couple de Joué vint à Paris pour ratifier la vente et apporter quelques précisions : concernant la fenêtre du premier étage du corps de logis de derrière et qui avait vue sur un autre corps de logis situé en arrière, il fut convenu qu’elle serait bouchée sur une hauteur d’un pied aux dépens des sieur et dame de Joué. On y mettrait des barreaux de fer. L’allée et les galeries qui joignaient la maison vendue à celle de l’Autruche seraitent bouchées. Les nouveaux propriétaires ne pouvaient en aucun cas emprunter le passage de la porte cochère.

Antoinette Tripache était une femme un peu « Barbe-Bleue » : elle avait épousé

– en premières noces un certain Hubert Leclerc dont elle eut un enfant François,

– en secondes noces Charles Lheureux dont elle eut deux fils prénommés Charles, deux filles l’une du nom de Louise Claude et l’autre Elisabeth qui épousa en 1661 Guillaume Bazoche

– puis en 3e noces Jean Touché

Anne Vellefaux et son mari continuèrent à habiter à La Noblaye. Gilles Sanglier y mourût après 1670. Sa femme, comme l’avait fait sa mère presque 40 ans auparavant, partagea ses immeubles de Paris entre ses enfants. L’acte fut signé à Leméré devant un notaire nommé Champigny dont malheureusement il ne reste point de minutes cependant nous savons comment certains immeubles à Paris furent partagés. Anne Vellefaux mourût à La Noblaye le 16 décembre 1680 et inhumée le 18 en l’église de Lemeré.

Le partage fut organisé de la façon suivante :

Joseph eut la maison de la rue Mazarine qui avait pour enseigne La Ville de Francfort.Les enfants de Joseph, Anne et Gilles Sanglier, vendirent la maison en 1714 à un certain sieur Courcault, marchand sellier-lormier. L’acte de vente indique que la maison était en fort mauvais état. On y entrait alors par une porte charretière qui était percée dans un édifice à un étage et grenier au-dessus et une boutique au rez-de-chaussée dans laquelle on entrait en descendant cinq marches. Dans la cour qui était ensuite, sur le côté gauche on trouvait un édifice à deux étages avec une écurie au rez-de-chaussée. Le grenier formait un pignon sur la rue Mazarine.

Louis, seigneur de la Noblaye se vit octroyer la maison à l’enseigne de l’Image Saint Martin de la rue des Boucheries.

À Gilles échoua la maison de l’Écharpe Blanche, rue des Mauvais Garçons19 et surtout celle du Lion Noir de la rue de Seine.

François eut la maison du 65 rue de Seine qui était à l’enseigne de l’Autruche.

À la famille Lheureux, rappelons-le,  appartenait l’immeuble qui porte le n° 61

 

Ce découpage nous amène à traiter séparément les histoires des maisons des 61, 63 et 65 rue de Seine et le 68 rue Mazarine.

Le 61 rue de Seine

Nous avions laissé le 61 rue de Seine aux mains du sieur Lheureux qui s’empressa de faire déclaration de son acquisition au terrier de l’abbaye de Saint-Germain des-Prés dont le cens fut fixé à 12 sols 10 deniers parisis par an.

Des jours heureux suivirent. Profitant de leur achat, les beaux-parents Lheureux vinrent habiter rue de Seine dès l’année suivant le mariage de Guillaume Bazoche avec leur fille. Antoinette Tripache mourut en 1684 laissant six héritiers Charles l’aîné, Charles le jeune et Louise-Claude Lheureux leur sœur ainsi que Geneviève Lheureux, fille d’Hélie qui était décédé et dont la femme était remariée et enfin François Leclerc un frère utérin issu d’un premier mariage qui par la suite fut déclaré mort comme absent depuis plus de 25 ans, et enfin Guillaume Bazoche et sa femme Elisabeth Lheureux. La maison fut mise aux enchères et adjugée pour 9 000 livres à Guillaume Bazoche qui en était l’occupant. Ce dernier eut six enfants : Charles, Marie-Antoinette, Geneviève, Pierre le musicien de la famille, Marie-Charlotte, Claude-François qui avait 15 ans lorsque sa mère mourut le 29 octobre 1696. L’inventaire tarda à se faire puisqu’il ne débuta que le 12 décembre . À sa suite, Hélie attaqua son père en justice au sujet de sommes dues sur la succession de sa mère et sur des legs de sa grand-mère. Finalement et très raisonnablement, ils préférèrent l’accord amiable au procès … Le père versa à son fils 1 100 livres.

Cinq ans passèrent au bout desquels Guillaume Bazoche mourut à son tour en 1705. Entre-temps notre musicien était devenu organiste, Hélie avait été reçu maître pâtissier, métier qu’il exerçait non loin de Saint-Germain-l’Auxerrois, Claude-François n’avait pas encore atteint l’âge de la majorité. Quant aux filles elles, n’étaient point mariées et demeuraient rue de Seine. La famille ne s’était pas enrichie et dut vendre les vêtements du mort pour habiller correctement le plus jeune pour l’enterrement. La vaisselle d’argent fut gagée pour payer les frais funéraires.

Le destin de cette famille ne fut pas beaucoup plus heureux par la suite. Hélie qui était devenu ouvrier de la monnaie fut retrouvé mort subitement chez lui à l’âge de 55 ans en 1726. Elisabeth mourut rue des Canettes chez un certain sieur Sensier. Était-elle sa servante ? sa concubine ? Il en fut de même pour Marie-Antoinette qui mourut à 72 ans chez le sieur Poignant en 1745. Pierre Bazoche entra à l’Hôtel-Dieu le 7 juillet 1748 et en sortit mort 15 jours après pour être inhumé. Quant à Geneviève, elle mourut rue de l’Égout, seule, à 76 ans.

En 1753, il ne restait plus que Claude-François qui habitait rue de Seine et les enfants Pierre Bazoche, le musicien. Ils décidèrent de vendre la maison pour 11 000 livres. Les acheteurs étaient Antoine Lequesne, bourgeois de Paris, et Élisabeth Bernard sa femme.

1753-1820. Les Lequesne

 Dans l’acte de vente qui fut signé le 19 décembre 1753 chez Me de Savigny20 Antoine Lequesne fut qualifié de bourgeois de Paris. Il fit l’acquisition du 61 rue de Seine pour la somme de 11 000 livres, ce qui était peu. La maison qui portait alors l’enseigne du Lion Noir Couronné n’avait que deux étages et un troisième lambrissé plus un grenier. On trouvait derrière une minuscule cour et ensuite un autre corps de logis de peu de profondeur et de même élévation.

Antoine Lequesne avait épousé Élisabeth Bernard dont il eut deux enfants Anne-Nicolas et Julie qui perdirent leur mère le 24 janvier 1759. Leur père se remaria avec Barbe Louis la même année et mourut le 28 juillet 1767. Le partage qui fut fait après le décès21.

A SUIVRE


  1. Cens : sorte d’impôt foncier perçu par le seigneur, en l’occurrence l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés []
  2. A.N., S 2867 []
  3. A.N., LL1121 : les comptes de l’abbaye de 1532-1533 précisent que le terrain appartient à la veuve de Nicolas Prevost []
  4. M. Sosson figure sur les comptes de l’abbaye dès 1535-1536 mais c’est seulement sur ceux de 1544-1545,  plus complets,  que l’on trouve la précision concernant le rapport entre les héritiers Prevost et Sosson []
  5. A.N., VIII/61 devis d’ouvrages pour M. Sosson du 1er mars 1542 []
  6. A.N., M.C., XXXIII/21, 22 août 1546, mariage de René Sosson et Jacquette Moreau []
  7. A.N., M.C., VIII/78, le 10 juillet 1551, engagement d’une servante []
  8. A.N.,M.C., VIII/81, testament de Marie Martel du 21 mai 1555 []
  9. A.N., Y/105; f°191, 20 juillet 1564, don à René Sosson par Marie Martel, sa mère []
  10. Le décret d’adjudication de la maison (26 mai 1604) que fit faire C.Vellefaux pour purger d’éventuelles hypothèques et le cueilleret de 1595 de l’abbaye de Saint-Germain-des-Pré confirment qu’Etienne Bonnet succéda aux héritiers de  Sosson comme propriétaire : A.N., Y 2977/A et S3056 []
  11. A.N., P 2666, naturalisation de Cl. Vellefaux []
  12. A.N., M.C., CXXII/1479, quittance générale donnée par Cl. Vellefaux et R. Marquelet à Hierosme de Gondi  le 1/03/1583 où il est mentionné des quittances échelonnées du premier avril 1582 au 26 février 1583  []
  13. A.N., Y144 f°317, donation mutuelle du 29 octobre 1605 []
  14. AN., M.C., CX/57, contrat de mariage du 15/02/1614 []
  15. A.N., M.C., LXXIII/196, testament du 27/04/1627 []
  16. A.N., Y 3895, bénéfice d’inventaire du 6 juillet 1639 []
  17. Ce petit château de la Noblaye est à l’heure actuelle rénovée et accueille des hôtes []
  18. A.N., M.C. : LXXIII/199. Malheureusement l’état de conservation de l’acte n’a pas permis sa consultation. []
  19. A.N. : S 2840 Acte de vente de la maison de la rue des Boucheries du  19/01/1679 []
  20. []
  21. A.N., M.C., LXXXVII/1143. Partage des Biens d’Antoine Lequesne du 18/02/1773. []
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3 réponses à Le 61-63 et 65 rue de Seine (et 68 rue Mazarine)

  1. Virginie Greene dit :

    Merci de ce travail de recherche si utile et si agréable. Est-ce que vous avez travaillé sur le no. 66? Je m’intéresse à la vie d’un obscur américain, qui y habita entre 1886 et 1890, alors qu’il étudiait l’architecture à l’Ecole des Beaux Arts. J’aimerais avoir une idée du genre de personnes qui habitaient au 66 et à proximité, dans les années 1885-90, et aussi de l’atmosphère de la rue vers le boulevard Saint-Germain. Je suppose qu’il y avait d’autres étudiants et artistes dans le coin. Mon américain n’était pas milliardaire mais pas non plus pauvre.
    Je vous serai très reconnaissante de toute information ou indication me permettant de chercher des informations.
    Bien à vous.

    • Monique Etivant dit :

      Mal

    • Monique Etivant dit :

      Bonjour,
      Malheureusement le 66 rue de Seine ne fait pas partie de mon champ d’investigation parce qu’il se trouve au delà du Bd St Germain par rapport aux quais de Seine, donc les immeubles y sont assez récents et construits après le percement de la rue sur cette portion c-à-d après 1825 environ
      Bien désolée.
      Par contre lorsque j’irai aux archives de Paris après les vacances , je ferai sortir qqn éléments que je vous enverrai
      Cordialement
      Monique Etivant

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