Le 29 rue de Seine

Le 29 rue de Seine

Le 29 de la rue de Seine est un immeuble classique reconstruit au XVIIIe siècle dont la principale particularité est d’avoir eu pour propriétaires Jacob Bunel, peintre de Henri IV qui a beaucoup travaillé à l’embellissement du Louvre, et sa famille qui comportait des peintres de qualité.

Cet immeuble fut aussi la propriété de la famille Chapt de Rastignac.

Avant 1599-1659. Jacob Bunel et sa famille

Jacob Bunel fut, avec sa femme Marguerite Bahuche, propriétaires de l’immeuble qui s’élevait alors sur l’emplacement du n°29 rue de Seine.

Jacob était né en 1558 à Blois d’un père peintre, C’est donc sous sa paternelle direction qu’il apprit à peindre. ll avait reçu le baptême catholique en l’église Saint-Honoré de Blois mais se convertit au protestantisme. Lorsque son père mourut vers 1562, sa mère se remaria avec Raoul Bernier  dont elle eut trois enfants, enfants qui joueront un rôle dans le destin de l’immeuble.

On pense en général que jeune il alla travailler en Italie et en Espagne où il se vit confier des travaux d’embellissement de l’Escurial par Philippe II . Il s’installa au moins en 1595 à Tours et peut-être est à cette occasion qu’il rencontra sa future femme. Henri IV fit appel à ses talents pour accompagner Toussaint Dubreuil qui décorait la petite galerie de Louvre.  Sans doute, c’est alors qu’il acheta l’immeuble de la rue de Seine qu’il habita avec sa femme. À la mort de Dubreuil, le roi lui offrit un logement au Louvre ainsi qu’une pension de 1200 livres.

C’était un couple très attachant. Tous deux peignaient, Marguerite ayant une préférence marquée pour les portraits de femmes…

Le couple, très attachant, n’avait toujours pas d’enfant en 1599 alors qu’ils habitaient  rue de Seine, ils se firent donc devant Me François don mutuel de tous leurs biens. Ils avaient par contre beaucoup de neveux et nièces qu’ils ne cessèrent de gâter à l’occasion de leur mariage et c’est à travers les contrats de mariage que nous avons pu reconstituer la multitude d’héritiers qui quelques années plus tard prendront leur succession comme propriétaires de la rue de Seine.

Jacob Bunel tomba très malade en 1614 et perdit la vue à tel point qu’il ne put signer le testament qu’il dicta aux notaires Vigier et Morel le 3 octobre , testament qui nous apprend qu’il avait un enfant naturel du nom de Jacques Bunel dit Mellet à qui il légua la somme de 600 livres. Il mourut le 14 et fut inhumé le 15 au cimetière des Saints-Pères réservé aux protestants.

Il ne reste malheureusement aucune de ses fresques détruites dans l’incendie qui ravagea le Louvre en février 1661.

Le roi qui appréciait beaucoup le travail de sa femme, offrit à sa veuve le logement qu’ils occupaient au Louvre et une pension de 600 livres pour l’entretien des tableaux du Palais. Elle se remaria avec Paul Galland qui était receveur général du taillon à Tours mais elle continua son service au Louvre avec l’aide de Robert Picou, un de ses neveux, aussi peintre du roi.

Elle mourut le 12 juillet 1632 et fut enterrée au cimetière protestant. Son mari, Paul Galland, se remaria avec Marie Denetz  qui était fille d’un auditeur à la Chambre des Comptes. Un neveu de Jacob Bunel du nom d’Isaac Bernier, aussi peintre et valet de chambre du roi, prit la place de Marguerite Bahuche en compagnie de Robert Picou dans la galerie du Louvre.  Ils recevaient à eux deux une pension annuelle de 600 livres.

Beaucoup d’héritiers se présentèrent pour recueillir la succession, certains déposèrent une requête de saisie. Ainsi celle qui fut faite à la demande de Samuel Célérier, marchand libraire et sa femme Isabelle de Lavoy, nièce de Marguerite Bahuche nous donne la description de l’immeuble à cette époque : il consistait en un grand corps d’hôtel sur le devant de la rue avec une porte cochère avec d’un côté une cuisine et de l’autre une écurie, des chambres et un grenier au-dessus (il n’est pas précisé le nombre d’étages). En entrant dans la cour qui avait un puits, on trouvait d’un côté un petit corps de logis avec salle  et chambres dessus,  avec un escalier qui desservait à la fois le corps de bâtiment de devant et celui en aile. À gauche de la cour, il y avait une galerie où se trouvaient les aisances. D’un côté le voisin était le sieur Le Ragois de Bretonvilliers et de l’autre à gauche la demoiselle Amadon. L’arrière de la cour jouxtait la propriété de madame Desbordes qui avait son entrée rue Mazarine.

Finalement, ce fut Paul Galland qui se retrouva propriétaire de la maison du 29 rue de Seine. On peut supposer raisonnablement qu’il racheta les parts des héritiers.

Lorsqu’il mourut à la fin de l’année 1635 (l’inventaire de ses biens fut dressé à partir du 3 décembre), plusieurs héritiers se présentèrent : Madeleine Guiteau, femme d’Isaac Bernier, sa nièce ;  Marie Guiteau, femme de M. de Beauregard

Remarquons qu’Isaac Bernier, le neveu de Jacob Bunel, avait épousé le 21 mai 1623, à Charenton, au temple protestant, Madeleine Guitteau, fille de Pierre Guitteau et de Madeleine Galland, soeur de Paul Galland. Il devint ainsi neveu de Paul Galland par alliance, donc son futur héritier !

1659-1728 La famille Legendre -Trahan

Par devant le notaire Rallu dont malheureusement les minutes furent détruites en 1871, Jacques Legendre, marchand et bourgeois de Paris acheta la maison le 2 décembre 1659  à Jacob de Burges, second mari de Madeleine Guiteau, et autres héritiers .

Lorsque les époux Legendre disparurent, la maison revint à Madeleine leur fille qui était l’épouse de Jean Trahan, procureur au Parlement.
Son épouse décèda en mars 1715 mais il ne fut procédé à aucun partage.  Son mari rendit l’âme en août 1716 et ses deux enfants Madeleine Cécile Trahan et Jean Trahan héritèrent et décidèrent de procéder seuls au partage de la succession de leurs père et  mère.  Un jour d’octobre 1717, ils firent une liste très détaillée des biens et en firent deux lots et écrivirent sur deux petits papiers « premier lot » et « second lot » qu’ils placèrentt dans un chapeau. Tranquillement ils allèrent chercher dans la rue un petit garçon du nom de Vincent Chardon. Ils l’invitèrent à tirer un papier et à le donner à l’un d’entre eux et de même pour le deuxième. La maison de la rue de Seine échut à Madeleine Cécile Trahan.

Pendant 11 ans, aucun acte notarié ne vint officialiser ce partage. A-t-on jamais vu une manière aussi originale de procéder ? L’acte fut enfin déposé chez maître Juliennet en 1728. C’est ainsi que la description de cet arrangement est parvenu jusqu’à nous.

Les Ribérac entrent en scène

Environ vingt ans après, la maison changea de propriétaire et revint au marquis de Ribérac  auquel le “Très-Haut, Très-Puissant et Très-Excellent Prince, Louis de Bourbon, Abbé  de Saint Germain des Près”  adressa une convocation le 11 janvier 1752,  lui donnant ordre de déclarer la maison et d’en payer le cens, « sinon sa maison sera au domaine de l’Abbaye ».  Dans le document on lit que le marquis habitait la maison, selon les affirmations du sieur Tapart, son portier.

Le marquis de Riberac était un descendant d’une illustre famille du Périgord qui prit  les noms d’Aydie, marquis de Ribérac à partir de 1595 et dont les garçons exercaient principalement le métier des armes.

Le château de Laxion actuellement (Corgnac sur L’Isle)

Par un testament en date du 24/02/1748 déposé chez maître Deshayes, le marquis légua la nue-propriété de la maison au seigneur marquis de Chapt et de Laxion, comte de Ribérac et de Lambertye, vicomte des Plaches, de Montagrieret de Bernardiere et l’usufruit à la comtesse d’Aydie, sa femme. Le registre des taxes sur les boues et lanternes de 1758 indique bien que « la propriétaire est la comtesse Daydit (sic)  au lieu du comte de Riberac« .

La mention d’un transport de corps figure dans le registre de la paroisse de Saint-Martial de Ribérac : il s’agit du très haut, très illustre et très puissant seigneur Charles Antoine Armand Odet d’Aydie, chevalier, seigneur comte de Ribérac décédé le 1er novembre 1754 au château de la Ville aux Clercs. S’agit-il du généreux donateur ?

Le 24/04/1775, à l’occasion du mariage de son fils avec Adélaïde Madeleine de Forbin de Janson, le marquis de Chapt  lui donna en dot la nue-propriété de la maison. L’usufruit lui en fut donné par la comtesse d’Aydie, sa grand-mère.

L’heureux jeune marié, Charles Antoine Armand Odet Chapt de Rastignac, était officier au régiment du Roy, seigneur de la Baurie et autres lieux. L’acte de mariage qui scella son union  donne l’importance de la famille Chapt de Ribérac puisqu’il fut signé des plus grands noms de France : le roi Louis XVI et la reine Marie Antoinette,  le comte et la comtesse d’Artois,  Marie Adélaïde Clotilde Xavière de France, Elisabeth Philippe Marie Hélène de France, Marie Adélaïde de France, Victoire Louise Marie Thérèse de France, Sophie Philippine Elisabeth Justine de France, du duc d’Orléans, du duc et de la duchesse de Chartres et enfin  du duc de Béthune Sully.

La maison change donc encore  de mains mais sans changer de famille !

À cette époque, le principal locataire de la maison était le sieur Dupin, procureur au Parlement. Quelques années plus tard ce seront les Hirne dit Fribourg qui occuperont les lieux par bail et ce seront eux qui achetèrent la maison.

1779-1822; Les Hirne dit Fribourg prennent la relève

  Le 21/09/1779, devant maître Deshayes , le « très haut et très puissant Seigneur Monseigneur Jacques Louis Charles Gabriel de Rastignac, chevalier, marquis de Chapt et de Laxion, comte de Ribérac et de Lambertye, vicomte des Plaches, Montagrier, Bernardière en Périgord, demeurant ordinairement en son château de Laxion, paroisse de Corgnac en Périgord… au nom et comme substitué par Très Haute et Très Puissante Madeleine de Forbin, épouse du Très haut et Très Puissant seigneur Charles Antoine Armand Odet de Chapt de Rastignac, comte de Chapt, colonel en second du régiment d’Auxerrois » vendit pour 40 000 F   la propriété au sieur Gervais Protaire Hirne dit Fribourg, tailleur de la maison du roy.

 Grâce à l’ acte de vente, on apprend que la maison a pour nom « hôtel de la Paix », qu’elle comporte un rez-de-chaussée, quatre étages de chambres, caves et greniers, aisances.

 La maison et ses nouveaux propriétaires coulent des jours heureux et traversent la Révolution. En 1809 le sommier foncier indique que les propriétaires sont bien les héritiers Hirne, mais le 28 juin 1819 le sieur Hirne décède et sa veuve  est donataire d’un quart en toute propriété et un quart en usufruit. En 1822, après le décès de la veuve Hirne dit Fribourg la liste des copropriétaires indivis devient énorme, la voici :

  • Marie Julie Hirne, fille majeure,
  • Marie Thérèse Hirne, veuve de Gervais Protaire Cailleux,
  • Jean Alex André Hirne, employé,
  • Marie Françoise Michelle Hirne épouse de Jean Hyppolite Parfait, boulanger,
  • Jean Protaire Théodore Hirne, chef de bataillon en retraite,
  • Marie Hirne, épouse   Henry Daniel Leroux officier en retraite
  • Louise Henriette Hirne épouse de Louis François Augustin Fortin, layetier emballeur.

Ils étaient tous enfants ou petits-enfants du couple Hirne qui avait acheté la maison en 1779.

Cette situation ne pouvait plus durer et la maison fut vendue pour 59 000 F  au sieur Chappée à l’audience des criées du 17 août 1822 du tribunal de première instance de Paris.

Les Archives Nationales mettent à la disposition du public un fichier des plans des maisons bâties, établi par rue entre 1822 et 1850. Le plan du 29 rue de Seine y figure. Il fut fait en 1822, alors que les Hirne étaient encore propriétaires mais vendeurs sous peu. Le voici :

Plan du 29 rue de Seine

1822- 1844. Le sieur Chappée

Le  sieur Chappée et sa femme, demoiselle Prinner restèrent propriétaires de l’immeuble jusqu’à un certain jour de décembre 1844 où ils vendirent la maison à Paul Bartholomé. Ils ne demeuraient pas à Paris et avaient vraisemblablement transformé l’immeuble en immeuble de rapport.

Les Bartholomé prennent la relève

La vente se fit chez maître Dehayes le 6/12/18447. Le couple Chappée délègua un parent pour les représenter, il s’agissait de Guillaume Edouard Chappée, marchand teinturier qui habitait Paris. La vente fut faite au profit de Paul Bartholomé, propriétaire, demeurant à Paris.

      L’acte notarié décrit bien la maison : elle était élevée, comme actuellement, sur trois étages carrés et un quatrième en mansardes avec grenier couvert en tuiles. Elle avait son entrée sur la rue de Seine par une porte cochère, à droite et à gauche de laquelle se trouvaient deux boutiques avec arrière-boutiques et cuisine éclairée sur la cour. Une pompe sous le passage de la porte cochère évitait aux locataires d’aller chercher l’eau à une fontaine. La cour est  pavée…

   L’appartement du premier étage était composé de six pièces, dont une grande chambre avec cabinet sur le derrière. Au deuxième étage, on trouvait un appartement de cinq pièces sur le devant et derrière, composé d’une grande chambre, d’un cabinet, d’une cuisine, d’un cabinet noir et d’un cabinet d’aisances. L’appartement du troisième comportait cinq pièces sur le devant  et d’une grande chambre à alcôve, avec cabinet noir sur le derrière. Le quatrième étage avaient plusieurs chambres mansardées et d’un grenier.

          La description fournie par le calepin des propriétés bâties que l’on trouve aux Archives de Paris nous  donne une description qui complète les autres et révèle la construction d’un 5ème étage. En effet sur ce document, l’immeuble comporte quatre étages carrés et un cinquième lambrissé, un corps de bâtiments à droite et à gauche, de même hauteur et desservi par le même escalier qui est facile et bien éclairé.  La boutique de gauche est  occupée par un libraire, celle de droite par un fruitier.

            Paul Bartholomé décèda le 2 mars 1864. Ses héritiers furent ses petits-enfants:

  • Marie Pauline Bartholomé
  • Paul Albert Auguste Bartholomé
  • Paul Gaston Bartholomé.

            Ils attendront près de huit ans avant de sortir de l’indivision. Le 15 mai 1872, une adjudication est faite au profit de Paul Albert Auguste et de Paul Gaston Bartholomé.

Le 14 avril 1913, l’immeuble fut cédé à la ville de Paris pour la somme de 235 000F .

Nous voici donc arrivé au terme de ce long périple qui nous a

 

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