Le 43 rue de Seine

Cet immeuble présente un grand intérêt parce que sur son emplacement et sur celui du 42 rue Mazarine se trouvait le jeu de paume de La Bouteille qui fut un théâtre pour la troupe de Molière. Il abrita par la suite les opéras de Lulli.

 Le premier propriétaire de cette parcelle fut assez facile à débusquer mais les choses se compliquèrent sérieusement pour la période des guerres de religion et de l’avènement d’Henri IV. Heureusement une rente faite à l’église de Saint Sulpice permit de sortir de ce mauvais pas et de faire un lien entre « l’avant et l’après ». Voyez plutôt :

De 1540 à une date indéterminée, la famille Touboye

On ne connaît pas la date à laquelle Gilles Le Maistre, premier président au Parlement, bailla à Jean Touboye, maître esteufier une parcelle de terre de 412 toises de superficie (1600 m2 environ) qui devint ainsi le plus gros propriétaire de la rue, côté orienta puisque ce terrain recouvrait à la fois les 43 rue de Seine et 42 rue Mazarine et ce qui est à l’heure actuelle la rue Jacques Callot. Cette vente fut antérieure au 15 novembre 1540 puisque lorsque le président Le Maistre céda à cette date la parcelle voisine, l’acte mentionna que le terrain de Jean Touboye  jouxtait la parcelle vendue. Le maître esteufier s’engageait à verser à Gilles Le Maistre une rente annuelle et perpétuelle de 20 livres 16 sols et à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, un cens de 4 sols 2 deniers et demi parisis par an1.

Extrait des comptes l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés 1548-1549

Vingt années passèrent, le maître esteufier mourut laissant une fille Étiennette qui était femme de Pierre Marchand, Marie Touboye épouse de Pierre Marchais, Nicole mariée à un marchand pelletier et Pierre qui était encore mineur sous la tutelle du couvreur de maisons. Pierre Marchand se chargea de passer titre nouvel au nom de toute la fratrie à Marie Sapin,  veuve de Gilles Le Maistre, indiquant qu’ils étaient propriétaire par indivis de la maison et du jeu de paume que son beau-père avait fait construire insi que de la cour et du jardin qui les entouraient. Il promit aussi de lui verser chaque année 20 livres 16 sols de rente foncière et de bail d’héritage ((A.N., M.C., XXXIII/177, titre nouvel à Marie Sapin par les héritiers de Jean Touboye du 5/05/1563)).

En 1578, le jeu de paume était dans un triste état. Il fallut y faire d’importants travaux de couverture et de maçonnerie. Pierre Marchand le couvreur était décédé , c’est pourquoi le marchand pelletier-fourreur d’habits, époux de Marie Touboye, Jean Moussier, sergent à verge au Châtelet de Paris, second mari d’Etiennette Touboye et Pierre Touboye devenu majeur s’adressèrent à Jean Peyret pour la couverture. ((A.N., M.C. CXXII/1472, marché de travaux du 6 mai 1578)).

Où Jacques Arroger entre en scène

Le 15 janvier 1607, un certain Jacques Arroger se présenta devant un des marguilliers de l’œuvre de Saint-Sulpice afin de racheter pour 400 livres une rente de 20 livres faite à la fabrique pour dire des messes, l’une sur la maison et le jeu de paume de La Bouteille et l’autre sur une autre maison située rue des Vieilles Tuilleries par Claude Rousseau, veuve de Clause Mestay et l’autre par Jean Touboye et Marie Mestay sa femme. Lorsque Jacques Arroger devint propriétaire de la maison et du jeu de paume, il racheta auprès des marguilliers de l’église cette fameuse rente.

Jacques Arroger était commissaire examinateur au Châtelet de Paris et donc à ce titre reçevait les plaintes,  dressait les procès-verbaux, ouvrait les enquêtes, interrogeait les temoins mais ne decernait pas de mandat de dépôt. Il pouvait aussi apposer les scellés, régler les partages etc. Ses tâches éaient multiples et ses pouvoirs grands.

Jacques Arroger n’était pas sans défense. En 1616, alors qu’il était commissaire au Châtelet, juge à Gentilly et pourvu du prieuré de Saint-Jean-le-Vivier près de Beauvais, il condamna le valet d’un plombier qui avait dérobé et vendu du plomb à être battu de verges sous la custode. Aussitôt, Jean Huchet, prêtre et possesseuur de plusieurs bénéfices, obtint un dévolu en cour de Rome sur le prieuré au pretexte qu’il était interdit aux ecclésiastiques de prononcer cette condamnation. Jacques Arroger contre-attaqua aussitôt arguant que l’accusateur était « un crocheteur de bénéfices » et que la condamnation au fouet était une peine canonique. Il obtint, on s ‘en doute, gain de cause.

Le 4 juin 1629, il fit son testament2. Après les invocations d’usage, ses exigences pour son inhumation, les donations aux pauvres et les legs particuliers, il stipula qu’il donnait à ses neveux tous ses propres paternels (ce qui était davantage que le permettait la loi)  ainsi que 1000 livres de rente. Il légua tout le reste aux dix enfants de son cousin, M. de Laffemas, conseiller du roi et maître des Requêtes de son Hôtel, au grand damne de ses autres parents.

Le 31 juillet suivant, il réquisitionna les mêmes notaires qui le trouvèrent en sa maison de la rue Saint-Julien-le-pauvre au lit, malade mais sain d’esprit et leur expliqua que, compte-tenu des inconvénients de ses legs à des enfants, il révoquait son testament, léguait à chacun de ses neveux 1500 livres et tout le reste, ce qui était considérable, à Isaac de Laffemas seul qu’il nommait exécuteur testamentaire.

Il mourut à la fin de décembre 1629, date à laquelle Laffemas déposa le testament.

De 1629 à 1714 – La famille Laffemas

Isaac de Laffemas était un drôle de personnage  vraisemblablement né en 1584. Ses gouts le portèrent vers le théâtre, il composa même une pièce (L’instabilité des félicités amoureuses) et monta sur scène, ce qui d’ailleurs lui fut par la suite reproché. Cabotin et rimailleur, il était plein d’esprit. À l’âge de 20 ans, il songea à une carrière sérieuse et devint avocat au Parlement. Il épousa en 1608 le fille d’un riche notaire du nom de Jeanne Marie Hautdesens et fut assisté à la signature du contrat de mariage par Jacques Arroger. Il en eut au moins quatre enfants, Guichard, Laurent, Jeanne et Charlotte. Devenu veuf, il se remaria en 1619 à Charlotte Becquet dont il eut Maximilien, Angélique-Marie, Valentine et Charlotte. Ces huit enfants sont ceux qui furent déclarés lors de l’inventaire mais lorsque son ami Jacques Arrogerrédigea son testament, il parlait de 10 enfants !

 

A SUIVRE

  1. A.N. LL 1125, comptes de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés 1548-1549 []
  2. A.N. ; M.C. ; VI/325, testament déposé le 30/12/1629 []
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