Le 13 rue de Seine et le12 rue Mazarine

13 rue de Seine et 12 rue Mazarine

Sur l’emplacement de ces deux immeubles, on trouvait jusqu’au début du XIXe siècle un jeu de paume et ses dépendances qui abritèrent les débuts de Molière et de sa troupe.

Au temps de Philippe de Trépigny

Lorsque Gilles Le Maistre, futur premier président du Parlement de Paris, lotit ses terrains entre les rues de Seine et Mazarine (voir l’histoire de la rue de Seine), un certain sieur de Trépigny lui fit de nombreuses acquisitions et en particulier celle du terrain qui nous occupe.

Pour celle-ci, le vendredi 27 octobre 1542,  Gilles Le Maistre changea ses habitudes et fit des infidélités à son cher notaire Vincent Maupéou. Il prit Pierre Poutrain, rue de La Ferronnerie dans la quartier Saint-Eustache, pour vendre une pièce de terre située du côté oriental de la rue de Seine à la fois en face de l’hôtel de Nesle du côté Est et du château  du Louvre au Nord. Ce terrain mesurait 400 toises carrées et voisinait d’un côté et par derrière Denis Billet, marchand bonnetier et de l’autre côté, au vendeur. L’acheteur, Philippe de Trépigny l’acquit moyennant une rente foncière de 25 livres, rachetable à 300 livres1.

Philippe de Trépigny faisait partie de l’importante corporation des bonnetiers. Il fit fortune grâce à l’invention du tricot qui lui permit de fabriquer des bas et des bonnets.  Il avait épousé Claude Chevrier dont il eut plusieurs enfants. 

Il ne tarda pas à  faire construire sur son terrain un jeu de paume de 10 toises sur 3,5 toises qu’il fit paver de bons carreaux et dans lequel il fit édifier des galeries et un rabat couverts de tuiles2.

De 1547 à 1599 . La famille Charton

Le 11 mai 1547, notre bonnetier en drap vendit le jeu de paume et  une partie du terrain qui l’entourait (au total 120 toises) pour 200 livres à Jean Charton et Jeanne François sa femme.

Ce dernier exerçait le métier de mouleur de bois, c’est-à-dire qu’il mesurait donc avec son moule les bois à brûler qui arrivaient sur les ports de Paris et en attestait la bonne mesure. Jean Chardon n’était point nouveau dans le quartier, il avait déjà acquis le 4 avril 1541 (n.s.) de Gilles Le Maistre une place à bâtir de 125 toises sur les fossés du côté de Nesle puis le 10 novembre 1545 le surplus de ce terrain.

Vente de Trépigny à Charton (A.N. L795)

Il ne resta pas longtemps propriétaire puisque 5 ans après le père était décédé, la mère remariée à un certain Pierre Soulhayne, maître gainier et bourgeois de Paris et les enfants sous la tutelle d’Etienne Jehan, maître maréchal qui loua le jeu de paume qui avait pour enseigne « Le Chardon » et la masure à … Jeanne François et son nouveau mari pour 80 livres tournois par an, ce qui était peu, mais la dame François devait être propriétaire de la moitié puisqu’elle l’avait acheté conjointement avec son mari3.

À cette époque, Saint-Germain-des-Prés était un bien petit village où tout incident en faisait vite le tour. Voici qu’un jour de septembre 1556 Jean Charton, fils mineur de Jean Charton, se fit agresser rue de Seine par un certain Guillaume Rousseau qui lui asséna un coup de pierre sur la tête « duquel coup il estoit en danger de sa personne, tellement qu’il estoit entre les mains des barbiers chirurgiens ». Furieux, son beau-père alla crier justice devant le bailli de Saint-Germain-des-Prés qui condamna le sieur Rousseau à verser 6 livres parisis au blessé. L’agresseur rétorqua en menaçant le beau-père d’un procès. Il avait, affirmait-il, reçu un coup de pierre « à la main senestre » donné par Jean Charton et on avait proféré « d’atroces paroles scandaleuses » envers la femme de Rousseau et sa chambrière. Une fois le calme revenu et les esprits apaisés, les protagonistes allèrent de concert devant Me Cothereau, notaire, régler le problème. Rousseau consentit à défrayer Soulhayne des soins donnés par le  barbier-chirurgien et à lui verser les douloureux 6 livres compensatoires de la bosse à la tête. Autrement dit il obtempéra à l’injonction du bailla et fit même plus …4

Jean Charton junior ne mourut point de ces coups, il grandit, devint maître esteufier. Il épousa d’abord une certaine Anne Michel avec laquelle il signa une donation mutuelle de tous leurs biens le 15 avril 1573 « in extremis » puisqu’en 1574 on le retrouve uni à une veuve du nom de Madeleine Le Vasseur5. Sa première femme était donc décédée peu après l’acte de don mutuel. Sa seconde épouse était veuve de François Pastoureau, commissaire des guerres et propriétaire d’un autre jeu de paume à l’enseigne du Heaume un peu plus haut dans la rue de Seine6.

Jean II Charton était un homme avisé qui entretenait soigneusement ses biens, en particulier son jeu de paume auquel il donna pour enseigne Le Chardon, et pour lequel il fit appel au célèbre Jean Autissier pour le rebâtir en 1579.

 Il mourut  dans la maison sur le fossé d’entre les portes de Bussy et de Nesle (emplacement des n°12-14 actuels rue Mazarine ) quelques jours avant le premier août 1580, date à laquelle sa veuve s’acquitta des 9L 7S que coûtèrent les funérailles de son mari à Saint-Sulpice. Elle était encore jeune puisque ses enfants des premier et second lits étaient encore mineurs.

Elle-même mourut en 1584. Consciente de sa mort prochaine, elle nomma son frère, Claude Le Vasseur, exécuteur de ses dernières volontés. Il fut élu tuteur de tous ses enfants et l’inventaire qui fut fait à sa requête nous fit découvrir une femme fort avisée  dans la conduite de ses affaires après la mort de son mari.

Nous retrouvons la famille Charton une quinzaine d’années plus tard. En 1599, Roberte Charton, fille de Jean Charton et de Madeleine Le Vasseur, vendit par l’intermédiaire de Paul Rougeon qui était devenu son tuteur la maison et jeu de paume du Chardon ((A.N.; M.C. : XXXV/234, inventaire après le décès de Arnoul Mestayer du 6 mai 1621 dans lequel il est fait mention de la vente par adjudication du jeu de paume du 4/08/1599)).

Nous la rencontrons une dernière fois à l’occasion de son mariage avec Hierosme du Roussay, seigneur de La Barre près d’Etampes et sergent royal au bailliage d’Etampes. Son demi-frère Loys Pastoureau qui habitait rue de Seine, en profita pour donner quittance à son tuteur pour la gestion de ses biens et son accord pour cette union.

1599- 16.. . La famille Le Mestayer

Le 4 août 1599, par sentence du Châtelet, Arnoult Mestayer, capitaine des 100 arquebusiers de la Ville, acheta donc à Roberte Charton, pour 400 écus, ce qui restait du jeu de paume du Chardon. Il avait en effet été abattu en même temps que presque toutes les maisons de cet ilôt sur ordre de des chefs de la Ligue pendant « les troubles » afin d’empêcher Henri IV et ses troupes d’avoir à portée de tir les défenseurs de la Ligue.

 Dès le début de l’année suivante, il fit entamer des travaux de reconstruction sur les ruines des maisons et jeu de paume. Par contrat7, un maçon s’engagea à débuter les travaux dès le lendemain qui lui coutèrent 1000 écus pour la maçonnerie. La charpente coûta à Arnoul Mestayer 3900 livres , il paya 500 écus pour la couverture et 80 écus pour la menuiserie auquel se rajouta 103 écus 2/3 pour le pavage de grès. Par un jeu de mot un peu tortueux, Arnoul Mestayer appela son cher jeu de paume Le May Estayé qui devint plus tard le jeu de paume du Mestayer. Le 15 avril suivant, un autre marché lui permit de faire édifier une maison.

La famille a une histoire compliquée, d’abord parce qu’elle fut très prolifique et ensuite parce que plusieurs membres de la même famille portèrent les mêmes prénoms. Il ressort de différents actes qu’Arnoul Mestayer épousa en premières noces Jeanne Canu,  veuve d’un faiseur d’esteufs du nom de Bedeau. À son remariage, Jeanne et son mari Arnoul Mestayer adoptèrent le régime de la communauté de biens si bien qu’à la mort de Jeanne, ses deux filles du sieur Bedeau héritèrent la moitié du jeu de paume qu’Arnoul Mestayer avait acquis en 1599.  L’une d’elle, Geneviève, épousa un cousin d’Arnoul Mestayer du nom de Claude Mestayer et racheta la part de sa soeur. Elle devint ainsi propriétaire de la moitié du jeu de paume, son beau-père ayant l’autre moitié.

Ce dernier était un boulimique de biens immobiliers. Il acheta par décret des requêtes du Palais le 2 mars 1612 les maisons voisines du jeu de paume  (le 15 actuel) sur l’emplacement desquelles il fit construire de neuf deux maisons. La première portait fièrement l’enseigne du Lion d’Argent et donnait sur la rue de Seine , la seconde, la Ville de Lion,  avait sa porte d’entrée sur la rue du fossé d’entre les portes de Bussy et de Nesle. Il la loua à une sage-femme.

Il possédait aussi une maison et un jeu de paume à l’enseigne de la Salamandre rue des Deux Portes qu’il habitait.

Pour compliquer un peu plus les choses, Arnoul et Claude Mestayer firent un échange avec leur voisin de gauche Jean Levesque : les premiers donnaient un bout de terrain contenant un puits qui deviendrait mitoyen tandis que le second rétrocédait  aussi une partie de son terrain contigu, la propriété de notre paumier prit alors l’allure suivante :

Reconstitution du plan du jeu de paume du Mestayer

Arnoul Mestayer épousa en secondes noces Marie Raganel et en eut six enfants ! Il laissa à sa mort qui survint en 1621 Nicolas 8 ans, Anne 6 ans, Arnoul 6 ans , Madeleine 3, Isabelle 2 ans 3 mois  et enfin Louis 13 mois8. Marie Raganel se remaria avec Olivier du Creux qui était lui-même maître paumier. Elle eut la douleur de perdre un de ses enfants, Arnoul : les héritiers ne furent plus que cinq. Madeleine devint religieuse au couvent de l’Annonciade, Anne épousa Jean de La Ferté , sieur de Champrobert

Pendant ce temps, Geneviève Bedeau, la fille de la première femme d’Arnoul Mestayer, qui possédait avec son mari, Claude Mestayer, la moitié de la maison et jeu de paume mourut et son quart passa à son fils Arnoul, sieur de Saint Arnoul qui revendit ce quart à son père Claude Mestayer en 1633  (  Son père revendit le tout à Noël Gallois.

A SUIVRE

 

  1. A.N. ; M.C. ; LXXXVI/10, vente du 12 octobre 1642 de Gilles Le Maistre à Philippe de Trépigny []
  2. A.N. ; L 795, vente de P. de Trépigny à Jean Charton []
  3. A.N., M.C. CXXII/105, bail à Pierre Soulhayne du 5/02/1551(a.s.). []
  4. A.N., M.C. ; C/55, acte du 8/10/1556 de règlement du conflit []
  5. A.N., Y 115, F° 100, insinuation du contrat de mariage de Jean Chardon avec Madeleine Le Vasseur du 5/10/1574. []
  6. Très exactement à l’emplacement du 59 rue de Seine []
  7. A.N., M.C., XLIX/243, marché de travaux de maçonnerie []
  8. A.N., M.C., XXXV/234, inventaire des biens d’Arnoul Mestayer commencé le 6 mai 1621 []
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