Le 34 rue de Seine

Photo du 34 rue de Seine

Photo du 34 rue de Seine

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Le 34 rue de Seine se présente d’une façon fort élégante et dégage sa personnalité à travers un haut portail percé dans un corps de logis d’un étage surmonté d’une très belle toiture en ardoise refaite récemment.

L’histoire de cet immeuble balaye 450 ans. Pendant plus de deux siècles, des procureurs des conseillers, des présidents au Parlement en firent leur résidence ou une maison de rapport et la période post-révolutionnaire vit les personnages les plus hétéroclites traverser son histoire.

 

Le temps des Parlementaires

Au début du XVIe siècle, les moines de Saint-Germain-des-Prés dont dépendait la maison qui nous occupe décidèrent de lotir les terrrains bordant la rue de Seine.

Le jeudi 12 mai 1541, le frère Gouscon, vicaire général du cardinal de Tournon, abbé commendataire1 de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés bailla à titre de cens et de rente foncière un demi-arpent de terre c’est-à-dire environ 1700 m²2 . Le terrain, plus grand que celui de la maison actuelle, englobait au moins les 32, 34, 36 et 38 de la rue et s’étendait plus profondément que maintenant vers l’ouest, jusqu’au 22 de la rue Jacob. Il jouxtait au nord celui de Gilles Lemaistre3.

Le preneur était Arnaud Palerme, procureur en la cour du Parlement. Il s’engageait à verser à l’abbaye tous les ans 100 deniers de rente foncière et 18 deniers parisis de cens4,  il devait de plus clore son terrain de « murailles » et y faire bâtir une maison «manable»5 dans les deux ans.

l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (A.N. LL1124)

Déclaration à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés (A.N. LL1124)

De maistre Arnault Palerne, procureur en la court de Parlement pour [un] demy arpent de terre en une pièce scitué et assis audict terroir de Sainct Germain des Prez derrière ladite abbaye tenant d’une part à maistre Gilles Le Maistre à présent avocat du Roy notre sire en ladicte court de Parlement  d’autre part à Jehan de Vallet essuyer aboutissant d’un bout à la rue de Seyne et d’autre …

 Dans les 24 mois qui suivirent, maître Palerme remplit son contrat et mourut.

Sa veuve se remaria avec maître Nicolas Thédot, procureur en Parlement et fut à nouveau veuve en 1573 .

Où Pierre Boulioud devient propriétaire 

Mais en 1548, la maison avait changé de mains. Malheureusement les circonstances de cette mutation restent obscures. Nous savons seulement que  le nouveau propriétaire venait en lieu et place de Nicolas Thédot et de sa femme mais aussi de plusieurs autres et en particulier d’un certain Pierre Boutin qui était un voisin d’Arnault Palerne. L’acheteur était maître Pierre Boulioud  qui exerçait tout à la fois les charges de secrétaire du Roy, de notaire et greffier au Parlement de Turin. Il devait verser à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés  le même cens et la même rente foncière qu’Arnault Palerne.

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 De maistre Pierre Boulioud, greffier de Thurin comme estant au lieu de maistre Pierre Thedot procureur en parlement et sa femme auparavant femme de feu maistre Arnault Palerne en son vivant procureur en parlement et aussi au lieu de Pierre Boutin (A.N., LL1125)

 Maître Boulioud avait une fille, Geneviève, qu’il avait fait légitimer en 1542.  Elle avait épousé maître Gabriel Montaigne qui était à la fois procureur en la cour de Parlement et procureur fiscal de l’abbé de Saint-Germain-des Prés.

Le couple vint habiter en la maison qui occupait l’emplacement du 34 rue de Seine et acquit le 7 septembre 1549 d’un certain Nicolas Beaujouen, maître brodeur, une pièce de terre qui mesurait 24 toises et demie. Ce terrain avait la particularité d’être dans la censive de l’Université et de faire partie du fameux petit Pré aux Clercs dont l’histoire tumultueuse fut semée de violences et de péripéties à cause des étudiants (les clercs).

Il n’était pas facile à cette époque d’habiter à côté du Pré aux Clercs et Gabriel Montaigne eut certainement à en souffrir. Les désagréments culminèrent à tel point qu’un arrêt du 19 janvier 1549 fit défense « à tous les «escoliers, sous peine de la hart6 » de s’y rendre et d’y faire des tumultes et des démolitions. Cette menace n’eut aucun effet sur eux, ils continuèrent à crier, hurler, piller et brûler des maisons, et cela dura, dura … Un événement très grave se déroula le 12 mai 1557 : un jeune étudiant et un avocat en la cour du Parlement furent tués par balles. Les tirs venaient d’une maison en bordure du Pré aux Clercs. Le coupable fut arrêté puis relâché à la fureur des « escoliers » qui allèrent le lendemain saccager et brûler sa maison et trois maisons voisines pour faire bonne mesure.  Une sentence de mort fut prononcée et exécutée contre un étudiant, Baptiste Coquatre. Il fut pendu le lendemain au beau milieu du Pré aux Clercs, son corps brûlé et ses biens confisqués.

En 1568, à la suite des troubles que nous  venons de décrire, il fut fait obligation à tous les propriétaires du petit Pré aux Clercs de faire déclaration de leur bien. Gabriel Montaigne ne manqua pas de s’exécuter devant le notaire Desnetz, le 10 juillet.  L’acte a disparu depuis, mais la copie écrite en 1624, subsiste dont voici un extrait .

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« Fut présent en sa personne honnorable homme maistre Gabriel Montaigne, procureur en la court du Parlement et fiscal de SGP lez Paris demourant audict lieu, lequel confessa estre détempteur propriétaire et possesseur d’une portion de jardin par luy acquize de Nicolas Beaujoan, maistre brodeur dudict lieu, ladicte portion contenant 24 toises 1/2 faisant portion de plus grande quantité lors appartenant audit Beaujoan »

Quatre ans plus tard, en la sinistre nuit du 24 août 1572 (la nuit de la saint-Barthélémy) le massacre des huguenots fut perpétué. Les habitants de Saint-Germain-des-Prés restés sur place eurent l’horrible spectacle de la Seine rougie par le sang des cadavres nus qu’elle charriait et  des rues jonchées de corps.

La Saint Barthélemy (détail), François Dubois

La Saint Barthélemy (détail), François Dubois

Quelques années après cet horrible carnage, trouvant peut-être leur domaine un peu trop grand maintenant que les enfants étaient adultes, Gabriel Montaigne et sa femme décidèrent d’en céder une partie en échange d’une rente.

Le 7 octobre 1578, le contrat fut signé devant Me Denetz7.

1578-1600. Claude du Refuge

C’est Claude de La Roë, veuve de Jean du Refuge, baron de Couesmes et du Fossez qui acquit la maison décrite ainsi :

« Une grande maison scize à Sainct Germain des Prez lez Paris, rue de Seine, à ladicte Bolioud appartenant à cause de la succession de feu noble homme maistre Pierre Bolioud, son père en son vivant notaire et secrétaire du Roy et greffier en son Parlement de Thurin ».

La description détaillée qui figure dans le contrat fait beaucoup penser à la structure de la maison actuelle : même grand porche central percé dans un petit corps d’hôtel avec d’un côté deux pièces dont l’une servait « à pénétrer » et de l’autre côté, deux pièces, « l’une pour tenir le cocher à couvert », l’autre « pour servir d’entrée », et au-dessus, et tout le long de la façade sur rue, on avait aménagé des chambres, leur garde-robes et leur cabinet que surmontaient un petit grenier et un serre-fruits. Le tout était couvert d’ardoise.

Au-delà s’étendait la grande cour et au fond de cette cour, trônait le grand corps d’hôtel avec ses six berceaux de caves. On y accédait par un perron qui menait à un grand vestibule et, au-delà, à un deuxième perron «pour descendre au grand jardin ».  Le grenier au-dessus était couvert d’ardoise. Les étages étaient desservis par un grand escalier qui partait du vestibule.

Derrière, un grand jardin était « tout planté d’arbres fruictiers et de treille » dans lequel le puits servait aussi bien au jardin qu’au sieur Guesrin, le voisin. Il était orné d’une grande table de pierre et d’un siège également en pierre. Au-delà, un autre jardin en pointe était planté aussi de treilles, d’arbres fruitiers.

Sur les 12 deniers de cens dont était chargée envers l’abbaye la totalité de l’ancienne propriété de Gabriel Montaigne, la maison vendue et ses dépendances en devait la moitié, c’est-à-dire 6 deniers. Quant aux 24 toises 1/2, elles étaient chargées de 2 deniers de cens envers l’Université, somme qui semble élevée par rapport au cens demandé pour le reste de la propriété. Les Montaigne s’installèrent dans leur nouveau logis des Trois Pensées qui jouxtait à droite de la maison acquise par la dame de Refuge.

La vente était faite moyennant une rente annuelle et perpétuelle de 283 écus 1/3, ce qui ne paraît pas beaucoup puisqu’en la comptant au denier 20, elle donnerait un capital de 5667 écus. Les Montaigne s’engageaient aussi envers la dame de La Roë à boucher les fenêtres qui donnaient sur son domaine et à répartir les égouts entre les deux propriétés.

Claude de La Roë, notre acheteuse, était protestante, comme son mari. Elle avait épousé bien des décennies auparavant, Jean du Refuge dont la famille, citée dès le XIVe siècle, remontait à un maître des Comptes et comptait un président aux Enquêtes.  Il était lui-même  baron de Gallardon, échanson du Dauphin et gentilhomme ordinaire d’Henri II. Elle lui avait apporté en dot la seigneurie  de Couesmes située en Bretagne. Il naquit deux enfants du mariage.  Une  fille Anne était mariée depuis deux ans,  en 1578, avec Jean de Rochefort, seigneur d’Armilly. Un fils, Jean, était comte de Couesmes, seigneur de Gallardon et chambellan du duc d’Alençon. Il avait épousé Claude de Montgomery, fille cadette de Claude de Montgomery, celui qui avait tué en joutes le roi Henri II et qui fut décapité en 1574.

Peu de temps après la signature de l’acte d’acquisition, Claude de La Roë perdit son fils dans des tragiques circonstances.

Le dimanche 15 mai 1579, elle rendait visite avec son fils à la comtesse de Suze dont la fille avait récemment épousé Jacques de Montgomery.  On était donc en famille. Jean du Refuge jouait tranquillement du luth en compagnie de sa belle-sœur lorsque se présenta François de La Primaudaye, seigneur de la Barrée. Jean du Refuge était de fort méchante humeur ce jour-là. Il n’ôta point son chapeau lorsque le seigneur de La Barrée vint le saluer. Une querelle survint entre eux, un coup de dague fut porté par Jean du Refuge au seigneur de la Barrée. Furieux, ce dernier quitta les lieux et provoqua son agresseur en duel au Pré aux Clercs pour le soir même. Il l’y attendit jusqu’à huit heures et demie, en vain car la commission n’avait pas été faite. Il décida alors de rentrer à Paris par la porte de Buci. Tandis qu’il remontait la rue Saint André des Arts avec ses serviteurs, il vit venir à lui le seigneur du Refuge qui descendait la même rue avec ses gens. Que se passa-t-il alors ? On ne le sait pas exactement, mais on retrouva le seigneur du Refuge le corps traversé par une épée. Il expirait. Le seigneur de La Primaudaye avait disparu. La famille de Gallardon mit tout en oeuvre pour le retrouver et y parvint. On le débusqua le 4 juin suivant dans une auberge à Saint-Martin-le-Beau, entre Tours et Amboise.  Le prévenu fut écroué à la Conciergerie. Au procès qui suivit, La Primaudaye fut condamné « à estre décapité au pilori des Halles, son corps porté ensuite et pendu au gibet de Montfaucon, et sa teste mise et attachée à un posteau dressé devant l’entrée du couvent des Augustins ». Le  jour même, 5 août 1579, le meurtrier fut conduit au supplice.

Jean du Refuge laissait quatre enfants : Jean II, baron de Couesmes, Suzanne et Marguerite mineures, et Ysabel qui vivait avec son mari en Angleterre où elle s’était vraisemblablement exilée à la suite de la Saint Barthélemy.

Claude de La Roë suivit son fils dans la tombe, semble-t-il, en 1584.

Seize années passèrent, difficiles pour les habitants de Saint-Germain-des-Prés qui connurent les ravages des guerres de La Ligue et le siège de Paris par le futur Henri IV. Le quartier ne retrouva une véritable paix qu’à l’entrée de Henri IV dans Paris.

En 1600, les héritiers de la dame de Refuge décidèrent de vendre leurs biens immobiliers de Saint-Germain-des-Prés.

1600-1645. La famille Thévin

La vente eut lieu très exactement le 14 mai 1600 devant le notaire Bernard Clément. L’acheteur, Robert Thévin, était conseiller du roi et président des Enquêtes  en la cour du Parlement. La transaction se fit pour 2 500 écus.

Robert Thévin était né à Angers en 1544. Il était fils de Jacques Thévin, seigneur de la Marsaulaye et de la Chotardière, avocat à Angers puis lieutenant des Eaux et Forêts de cette ville. Il commença sa carrière comme conseiller au Parlement de Bretagne  puis en celui de Paris. En juin 1591, il fut reçu président aux Enquêtes. Par la suite, il se verra élevé à la dignité de conseiller du Roi en ses conseils d’État et privé. Toutes ces charges firent de lui un homme fort important et l’anoblirent.

 Lorsqu’il acheta la maison de la rue de Seine, il avait perdu sa première femme, Gillette de Commaille dont il avait eu deux enfants, François et Guillaume. Elle était morte en janvier 1596 et L’Estoile écrivit dans ses Mémoires-Journaux à son sujet« La nuict de ce jour [dimanche 21 janvier 1596] mourust  à Paris la présidente Tévin, à laquelle Dieu en l’ostant de ce monde, fist un grand bien, maugré qu’elle en eust  » .

Quelques mois plus tard, Robert Thévin épousa Jeanne Davy, dame de la Mazure et veuve du sieur d’Aubigny et c’est ensemble qu’ils achetèrent la maison qui nous occupe.

Ils y habitèrent jusqu’au décès du président Thévin qui y rendit son âme à Dieu le 25 août 1622. Sa femme fit mettre des tentures de deuil dans sa chambre et l’on procéda au service funèbre en l’église Saint Sulpice, sa paroisse. Il  laissait pour héritières ses deux petites-filles mineures. On procéda à l’inventaire de ses biens8. Le président était un homme riche qui laissait beaucoup de terres en Anjou et quelques rentes confortables. Nous étions entre gens de bonne compagnie, aussi le partage se fit-il fort correctement entre les héritiers et la belle-mère.  Ils laissèrent à la dame Davy les meubles de sa chambre et ses bijoux, comme le stipulait son contrat de mariage, les biens acquis après le mariage furent partagés par moitié. La maison fut évaluée à 24 000 livres, somme qui semble dérisoire par rapport à la vente qui en sera faite ultérieurement, mais peu importe … On la lui donna  en compensation des biens qui lui revenaient ainsi que quelques rentes.

Seule maintenant dans sa grande maison, notre dame de La Mazure devait se sentir bien isolée puisqu’elle en loua une partie à Pierre Bizet, seigneur de La Barouère, conseiller du roi en sa cour de Parlement  lui octroyant une partie du bâtiment principal auquel on accédait par « un grand degré, une  grande petite salle basse [sic]  qui était à côté de l’escalier ainsi que les deux chambres haultes au dessus d’icelle petitte salle , les deux chambres haultes et cabinet estant en galletas, une garderobbe au bout de l’une d’icelle». Elle y ajoutait la moitié de ses caves « à prendre du costé du jardin », la communauté de la grande cour et de l’escalier. Enfin elle précisait que « aura  led sieur preneur, une clef de la porte du grand jardin  pour dans iceluy grand jardin y planter et semer tulypes et autres fleurs dans le parterre d’iceluy ainsi que bon lui semblera ». L’affaire fut traitée pour 850 livres par an9. Elle ne put signer « attendu la débilité sur le bras gauche et à la main dextre depuis cinq mois ». En effet, elle mourut le 18 mai 1637. Ses gens prirent le deuil et reçurent quelques dons. Par testament, elle donnait sa maison de la rue de Seine à sa nièce, Renée Simon, dame de La Roche-Bardoul à charge pour elle de payer les funérailles.

Dernière page du testament de Jeanne Davy(A.N. ; M.C. ;CXXII/434

Dernière page du testament de Jeanne Davy(A.N. ; M.C. ;CXXII/434

La nouvelle propriétaire était l’épouse de François de L’Esperonnière qui était issu d’une très ancienne famille noble de l’Anjou où ils habitaient ordinairement en leur château du Pendan, près de Thouarcé.

Les L’Esperonnière furent des propriétaires avisés. Ils firent de la maison une source de revenus en la louant, moyennant quoi ils l’entretinrent soigneusement. Ainsi, le 22 juin 1644 ils donnèrent procuration à leur fils Antoine pour signer devant Me Saint Vaast un renouvellement de  bail au sieur Dulac, seigneur de Villacoublay pour 2 200 livres (somme exceptionnelle en ces temps-là), plus les nombreuses taxes sur les boues, les lanternes, les chandelles, les pauvres.

Quelques années passèrent, puis le sieur de L’Esperonnière et son épouse vendirent la maison le 4 mai 1645 à messire Macé Le Boulanger pour 74 500 livres10. On était loin de l’évaluation faite en 1622.

1645- 1783 . La famille Le Boulanger

Le nouveau propriétaire, Macé Le Boulanger, était issu d’une famille de bourgeois de Paris. Feu son père, Eustache Le Boulanger, avait exercé la profession de marchand mercier-grossier et la fonction d’échevin. Sa mère, Marie Target, était fille d’un marchand, bourgeois de Paris. On dit que cette famille prit ce nom parce que, pendant une grande famine, un de ses ancêtres fit distribuer une si grande quantité de pain que le public changea son surnom de Montigny en celui de Le Boulanger11.

Les nombreux enfants du généreux couple avaient largement utilisé les charges anoblissantes de la robe pour entamer une  ascension fort prometteuse. Lorsque Macé épousa en 1606 Claude Flamant, la signature du contrat de mariage12 réunit ses trois frères : Eustache qui était à l’époque notaire et conseiller secrétaire du roi  ; Charles, seigneur de la Sablonnière, qui sera reçu conseiller secrétaire du roi en 1610 ;  Macé-Charles qui était bourgeois de Paris comme son père. Ses beaux-frères, Pierre de Hodicq et Nicolas Leclerc de Lesseville ne déparaient pas l’assistance, ils étaient tous deux conseillers du roi et auditeurs des comptes. L’ambition qui menait la famille pointait à travers la qualité des amis invités au mariage. Deux étaient conseillers du roi en ses conseils d’État et privé et présidents en sa cour de Parlement, deux autres premiers présidents en la cour des Aides, sans compter quelques maîtres des Requêtes. Quant à Macé Le Boulanger, il exerçait la fonction de conseiller en la cour des Aides, mais l’ascenseur social allait bientôt lui permettre d’être reçu au Parlement de Paris en la 4e chambre des Enquêtes, le 1er juin 1611. Il sera président en la même chambre le 6 mars 1624.

Au jour de la signature du contrat d’acquisition de la maison de la rue de Seine, le 5 mai 1645, le président Le Boulanger était un homme heureux et père d’un enfant de 13 ans: sa femme avait accouché, après quelques 25 ans de stérilité dit-on, d’un fils qu’il avait prénommé modestement Auguste-Macé.

Macé Le Boulanger avait été élu prévôt des marchands de Paris le 22 avril 1641. Les deux personnages qui l’avaient précédé dans cette fonction étaient morts sans avoir eu le temps d’exercer leur charge, funeste présage qui ne le fit pas reculer notre homme. D’ailleurs le pouvait-il puisque le roi lui-même choisissait l’heureux élu ?

Le fameux 22 avril donc, les échevins et le greffier, vêtus de leur robe mi-partie, accompagnés des quarteniers et des conseillers, se rendirent en l’église du Saint-Esprit où une messe solennelle fut célébrée. Ensuite, chacun prit place dans la grande salle de l’Hôtel de Ville. Monsieur de La Tour, premier échevin, expliqua à l’assemblée que le roi désirait qu’on procéda à l’élection d’un prévôt des marchands pour le temps qui restait de la précédente prévôté13 et pour les deux années suivantes. On élut alors quatre scrutateurs. Ceci fait, un étrange ballet commença : les échevins se levèrent et prirent place sur les bancs qui étaient derrière tandis que les scrutateurs vinrent occuper leur place. Le président de Novion avait en main le tableau juratoire et le sieur de Santeuil tenait le chapeau mi-parti pour recevoir les voix. On se mit alors à faire le simulacre de vote. Le résultat qui fut enregistré par le greffier ne surprit personne !

Il fallait maintenant présenter le nouveau prévôt des marchands au roi. On prévint donc notre président Le Boulanger de se trouver à 6 heures du matin à l’Hôtel de Ville. Le Boulanger partit quantité de personnes « de condition » qui remplissaient huit carrosses. Tout ce beau monde se rendit de concert à Saint-Germain-en-Laye, monta le grand escalier et fut introduit dans le cabinet du roi. Très émus, ils virent Sa Majesté assis en sa chaire, entouré de gentilshommes. Monsieur de La Tour, premier échevin, s’agenouilla et fit son petit discours destiné à présenter le résultat du scrutin. L’émotion du président Le Boulanger arriva à son plus haut lorsque le roi l’invita à s’approcher et lui dit « Vous avez toujours vescu en homme de bien et d’honneur et suis grandement satisfait de vostre service, aussy vous ay-je choisy pour exercer cette charge de prevost des marchants espérant que vous prendrez soin  de mes affaires et aurez celuy du publicq en recommandation». Le Boulanger prêta serment au roi. Enfin toute la compagnie remonta en carrosses pour se rendre à Rueil afin de saluer  la reine et les enfants de France14.

À partir de son élection, sa vie fut rythmée par les cérémonies, les processions et les Te Deum comme celui qui fut célébré à l’occasion de la victoire de Rocroi « par le duc d’Angeuin  (sic) « , le 27 mai 164315.

Présentation du prévôt des marchands et des échevins à Louis XIV et la régente Anne d’Autriche. Par C.laude Mellan (1644) Le Boulanger est le personnage près de Louis XIV à gauche

Présentation du prévôt des marchands et des échevins à Louis XIV et la régente Anne d’Autriche. Par C.laude Mellan (1644)
Le Boulanger est le personnage près de Louis XIV à gauche

Cependant tous les honneurs que les six années de prévôté lui donnèrent ne firent pas perdre de vue au président ses intérêts.

Il loua en 1648 pour neuf ans à Pierre de Vesnes, sieur du Plessis, écuyer de la grande écurie du roi la maison de la rue de Seine où demeurait encore la dame Dulac. La location comprenait  le corps de logis sur la rue, la grande cour, la grande maison sur le jardin, le jardin et le petit sur le derrière ». Notre président avait le sens des affaires. Il convint avec les preneurs qu’ils pouvaient faire construire à leur frais des écuries au fond du jardin. Afin d’en permettre l’accès, il les autorisa à construire un  passage sous la maison, du côté gauche16 , toujours à leurs frais, bien entendu.  Et comme il n’y avait pas de petits profits, il demanda aux preneurs que les arbres coupés pour faire place aux constructions soient portés chez lui et que les murs des voisins soient renforcés. La bail était fait moyennant la somme de 2400 livres par an, non compris les taxes pour les pauvres, les boues, les chandelles et les lanternes.

Le président avait la réputation d’être immensément riche, cette réputation n’était point usurpée puisqu’il avait accumulé un nombre phénoménal de rentes et de biens immobiliers. Tallement des Réaux disait de lui qu’il était un illustre avaricieux et qu’il racontait à qui voulait bien l’entendre:  « J’ay quatre-vingt mille livres de rentes ; je creveray ou j’en auray cent » Il en eut cent et en creva », ajoutait-il.

En effet, il mourut peu de temps après, non d’avarice mais d’apoplexie. Voici les détails de cette affaire :

Le jeudi 16 juillet 1648, il y avait une séance au Parlement en la présence du duc d’Orléans qui promettait d’être houleuse. Le duc était venu en compagnie de Montbazon, Joyeuse, Elbeuf, Brissac et  Retz, ils s’étaient installés en la Sainte Chapelle. Et le cérémonial commença. Le premier président les firent chercher par deux présidents et deux conseillers de la Grand-Chambre. Son Altesse Royale arriva en grande pompe entouré des deux présidents et précédé par les huissiers et les Suisses avec la hallebarde, et ensuite les gardes. Monsieur alla à sa place, les ducs s’installèrent à son côté. Les choses étaient calmes. On délibéra sur la nécessité de la vérification des impositions par les chambres. La chaleur monta lorsque chacun fut invité à opiner (approuver)

Le tour du président Le Boulanger vint très vite. Avec beaucoup de fougue, il prit parti, mais « son grand âge ne luy permettant pas une belle expression », il était fort peu écouté. Le président Potier lui ayant dit qu’il fallait éviter toute occasion de discordance avec la Cour des aides, Le Boulanger répartit avec véhémence  car il était tout pris par son sujet, discourant sur le zèle de la Compagnie, toute au service du roi, et pour se justifier il cita un passage de Cicéron où il est dit « qu’il faut orner l’Italie avant de penser à orner nos maisons ». Un mouvement de moquerie traversa l’assemblée qui avait lié ces propos aux biens que le cardinal Mazarin accumulait pour lui en France. Même le duc d’Orléans se mit avec les rieurs. Notre bon vieillard ému plus que de raison par l’incompréhension dont il était l’objet, s’emporta, ses yeux se révulsèrent, une pâleur envahit son visage, il tomba à genoux et mourut fort proprement. Monsieur Hilerin qui siégeait à son côté lui donna l’absolution17.

Extrait des registres du Parlement A.N. ; X1A 8817

Extrait des registres du Parlement A.N. ; X1A 8817

Sa mort fit grand bruit dans Paris. Il fut inhumé en la chapelle Saint-Claude du couvent des Augustins Réformés qu’il avait fondée en 1628 avec son frère et sa sœur pour « y faire commodément et sans distraction  ses dévotions » et y avoir sa sépulture18

On procéda à l’inventaire de ses biens19. Ce que Tallement des Réaux disait de lui se révéla vrai, il avait accumulé une véritable fortune et  laissait à son décès sept maisons qui rapportaient 10 800 livres par an, sa maison Petite rue de Seine20 qu’il avait achetée 48 000 livres en 1637, la seigneurie de Viarmes acquise pour 108 000 livres en 1642, des terres à Longjumeau, Suresnes, Puteaux, Lagny, Torcy, Montrouge, un fief à Villiers le Bel et  plus de 55 000 livres de rentes diverses, sans compter les revenus très fructueux de ses nombreuses terres .

Son fils Auguste-Macé hérita et sa mère fut nommée sa tutrice. Ils continuèrent à habiter leur hôtel de la Petite rue de Seine  qui était devenue rue des Petits Augustins . Le fils, voulant suivre l’exemple de son père, présenta en 1650 une demande de dispense d’âge au Parlement pour y entrer comme conseiller, elle lui fut refusée21. Il réitéra le 3 mars 1651 mais n’obtint toujours pas satisfaction. On l’accepta enfin le 18 août de la même année malgré un doute sur lequel on jeta un voile pudique : le registre de son père le tenait pour être dans sa 22e année alors qu’on pensait qu’il n’avait que 19 ou 20 ans22.

Il commença sa carrière comme conseiller au Parlement le 7 février 1652, devint maître des requêtes en 1658, conseiller d’Etat l’année suivante.

Cependant sa mère devenait âgée. Sentant qu’elle allait bientôt quitter cette terre, elle fit venir son notaire le 12 novembre 1660 en son hôtel de la Petite rue de Seine. Elle était gisante sur un lit dans sa chambre du second étage qui avait vue sur la cour et le jardin. Elle dicta ses dernières volontés23 et mourut.

En 1666, Auguste Macé Le Boulanger épousa la gente damoiselle Anne de La Forest, « usante et jouissante de ses biens », ce qui l’excluait de la catégorie des tendrons, mais supposait une certaine fortune. Contrairement à l’usage du temps, le contrat qui fut signé le 30 octobre 166624 réunit une assemblée fort modeste si on pense à la position sociale du président Le Boulanger. Seuls, le frère du marié et un ami vinrent signer au contrat de mariage. Quant à la parenté d’Anne, elle se réduisait à sa soeur et à sa mère. Nous étions loin du ban et de l’arrière-ban du mariage de son père. Le couple adoptait le régime de la communauté de biens. Il lui promettait encore 30 000 livres s’il décédait avant elle. On ne saurait être plus galant …

Ils se marièrent le 3 novembre suivant et n’eurent qu’une seule fille qui naquit le 23 septembre 1670. Ils la prénommèrent Marie-Anne-Claude-Auguste, tout simplement.

Le 22 avril 1690, Auguste-Macé Le Boulanger devint président au Grand Conseil. Ce dernier office lui coûta la somme fabuleuse de 160 000 livres qu’il paya le 16 avril 1690 entre les mains du trésorier des parties casuelles, le sieur Berthin. Pour régler ce montant, il dût emprunta 24 000 livres à un conseiller au Parlement de Metz, 10 000 livres à une dame Berthelot et 15 000 livres à dame Marie Amelot.

Cependant, sa fille unique grandissait et était la prunelle de ses yeux pour l’heureux père qu’il était. Sans doute prit-il grand soin de son éducation (sans grand succès en ce qui concerne l’orthographe, si on se base sur la lecture de son testament). Il chercha, le temps venu un mari.  L’époux élu par Le Boulanger fut Nicolas Pierre Camus, fils de Nicolas Camus, seigneur de Pontcarré. On trouve dans ses ancêtres des premiers présidents au Parlement de Bordeaux, d’Aix, un échevin de Lyon. Son père était conseiller d’honneur au Parlement de Paris et dans tous les parlements du royaume25. À l’époque du mariage, Nicolas Pierre Camus était chevalier, conseiller du Roy en tous ses conseils, maître des requêtes en son hôtel.

La signature du contrat de mariage prit les couleurs d’une audience de rentrée du Parlement tant les membres de cette haute assemblée étaient venus nombreux signer au contrat. L’événement eut lieu le 28 avril 1695, chez le notaire de Clersin26. Son père avait choisi minutieusement ses invités. On comptait parmi eux Achille du Harlay, premier président de la cour du Parlement, l’abbé de Thou, la veuve de François Le Boutillier de Senlis, le marquis de Moussy, tous alliés aux Pontcarré. Du côté Le Boulanger, la veuve de Michel Le Tellier, ancien ministre d’État et celle de François Michel Le Tellier, marquis de Louvois, cousine, Nicolas Leclerc de Lesseville, président de la 5e chambre des enquêtes de la cour du Parlement, cousin issu de germain signèrent aussi. Les futurs adoptaient le régime de la communauté de tous les biens. En faveur du mariage le président Le Boulanger ne lésina point. Il donna en dot à sa fille l’énorme somme de 250 000 livres qui produisait une rente de 10 000 livres par an.

Auguste Macé Le Boulanger continua à gérer les maisons qu’il avait données à sa fille en faveur de son mariage. Le 17 septembre 1696 il signa un bail27 à Louis de Saint Omer, tenancier de chambres garnies, et à Catherine Parastre sa femme auxquels il loua pour 6 ans et moyennant 1800 livres par an la grande maison la cour de devant avec ses écuries et ses remises, un petit bâtiment à droite de la cour et sa petite courelle, plus la porte cochère et la boutique de droite avec les chambres au dessus. Le tout était baptisé L’Académie.  ((C’est la première fois que ce nom lui est donné. Elle le gardera pendant plus d’un siècle.)). Puis le 19 décembre de la même année il donna à bail à Jérémie Lecomte et sa femme une longuerelle qui passait sous une porte cochère, longeait la grande cour, passait sous le corps de logis principal continuait dans le jardin et aboutissait à un manège pour un loyer annuel de 50 livres. Curieusement les lieux portaient le même nom de L’Académie.

Afin d’obtenir un meilleur rapport des lieux, le président avait donc partagé les lieux en deux parties. L’une se composait de la grande maison et les bâtiments de devant ainsi que la cour , l’autre de la partie arrière desservie par la longuerelle et une deuxième porte cochère sur la rue de Seine.

Mariés, les jeunes époux vinrent habiter le nid somptueux que le président Le Boulanger leur avait préparé dans son hôtel de la rue des Petits Augustins. Le couple coulait dans ces lieux des jours heureux et avait déjà en cette année 1702 deux garçons, Nicolas-Auguste et Geffroy ainsi qu’une une fille Marie-Françoise. Au printemps de 1702, la dame accoucha d’un troisième garçon : Jean-Baptiste-Elie qui naquit le 20 mars.  Soudain ce fut le drame. La mère mourut le 27 mars 1702, donc une semaine après la naissance de son dernier fils. On imagine aisément combien la perte cruelle de sa fille adorée fit le désespoir de son père. L’office funèbre fut célébré en l’église Saint-Sulpice, leur paroisse, puis elle fut inhumée en la chapelle Saint-Claude des Petits Augustins. Étrangement, le mari ne découvrit le testament de sa femme qu’au mois d’août 1703, donc plus d’un an après la disparition de sa femme. Elle l’avait rédigé à Maffliers cinq ans auparavant. Elle y recommandait bien entendu son âme à Dieu et demandait aux Petits Augustins de célébrer mille messes –ce qui n’était pas rien ! – pour le repos de son âme ainsi qu’une messe annuelle. Elle voulait être inhumée dans la « cave » de son père aux Petits Augustins. Elle léguait à sa chère tante, mademoiselle de La Forest, deux mille livres de rente annelle plus son linge et sa garde-robe. Elle ajoutait en prime ses « petite bougles daureille de diaman » et ses « quatre bouton de diaman ». À son père, elle donnait la bague qu’il lui avait offerte quelques temps auparavant et à sa gouvernante quatre cents livres de rente annuelle. À différentes personnes de son entourage, elle léguait force diamants et petites rentes. Enfin elle nommait son mari exécuteur testamentaire.

Testament de la fille du président Boulanger

Testament de la fille du président Le Boulanger

Un an après, en mars 1703, le veuf, qui était plutôt un veuf joyeux, se remaria avec Marie Françoise Michelle de Bragelongne. Hélas, elle mourut à son tour deux ans après, en juin 1705. Pas du tout découragé par ces tristes expériences, il convola à nouveau, avec Jeanne Marguerire de Boyvin qui, elle, résista un peu mieux et ne rendit son âme à Dieu que le 3 juin 1718. Elle avait 34 ans.

Sans doute un peu ébranlé, il attendit cette fois-ci cinq ans avant d’oser reprendre femme. Il alla chercher la volontaire dans sa famille puisqu’il se maria le 23 septembre 1723 avec sa cousine Anne Laisné.

Pendant toutes ces aventures matrimoniales, il avait abandonné « le nid d’amour » de la rue des Petits Augustins pour s’installer rue de Vaugirard en l’hôtel familial. Cependant son premier beau-père ne lui en voulut point et lui garda toute son affection. Il la lui prouva en autorisant ce passionné de chasse qu’était son gendre d’user sa vie durant de ses terres de Viarmes et Seugy comme bon lui semblerait, sans que ses enfants puissent un jour l’en empêcher, d’y inviter qui il voulait, de loger avec ses amis au château de Viarmes, de se servir des meubles, vaisselle et linges et de profiter de son potager et de ses arbres fruitiers28. Tous les termes de cet accord furent d’abord signés sous seing privé puis déposé chez le notaire le lendemain29

La vie continua. Geffroy Macé et Jean Baptiste Elie, deux des enfants, grandirent sous l’œil attentif de leur grand-père. Les deux autres moururent au grand désespoir de l’aïeul qui continua à gérer au nom de ses petits-enfants les biens qu’il avait donnés à sa chère fille.

Ainsi en 170930, il loua pour 9 ans et pour 900 livres à un certain Michel Lecouffier, maître sellier, les locaux situés derrière la grande maison. Remarquons que le président avait profité du changement de locataire pour appliquer 20% d’augmentation. Pour ce prix, le nouveau preneur disposait, comme son prédécesseur, de la place servant de manège, du petit bâtiment d’un étage au-dessus du rez-de-chaussée qui comportait au total quatre chambres. S’y ajoutaient une cave sous le grand corps de logis, le hangar à carrosses, l’écurie, l’appentis, la porte cochère et une des boutiques sur rue ainsi que des logements au-dessus et la longuerelle desservant les lieux et le puits commun.

Le 4 juillet suivant31 , il louait cette fois la grande maison à Thomas Georgette, sieur du Buisson, maître barbier-perruquier-baigneur qui demeurait rue du Sépulchre. Le bail de 9 ans comprenait la grande maison et une aile sur la cour comportant des écuries et des chambres au dessus, la grande cour devant avec une remise de carrosses et une grande écurie, une deuxième petite cour avec encore une écurie et le grand jardin. Les locataires du manège partageaient avec eux le puits et l’allée qui allait au jardin. Il louait aussi la boutique à droite en entrant avec une chambre au dessus et son grenier ainsi que  deux bouges au dessus de la porte cochère. Il mettait hors bail la boutique à gauche de la porte cochère et les chambres au-dessus qui étaient maintenant occupées par un certain sieur Nouin et sa femme. Le bail s’élevait à 2 100 livres annuelles plus les différentes taxes sur les boues et lanternes.

Le 19 août 1712 vit le décès d’Auguste-Macé Le Boulanger qui était alors très âgé. Son testament, qu’il avait pris soin de rédiger 6 mois auparavant, reflétait bien sa personnalité. Ses dernières volontés, rédigées en une petite dizaine de pages, ne contenaient pas moins de  23 « je veux «  ou « j’ordonne » contre 5 petits « je désire » ou « je souhaite ». Il y montrait son attention pour son personnel puisqu’il léguait 4 600 livres à seize de ses domestiques, plus à six autres un total 1 250 livres de rente. Il demanda, pour le repos de son âme que l’on dise à son intention plus de 4 000 messes.

Testament de Le Boulanger

Testament d’Auguste Macé Le Boulanger

Il légua à son petit-fils aîné, Geffroy-Macé sa baronnie de Mafliers et ses châtellenies de Moussoult et Béthemont. À Jean-Baptiste-Elie, son petit-fils cadet, revint les châtellenies de Viarmes avec les haute et moyenne justices et celles de Seugy et de Belloy, à charge pour lui de verser à son aîné 30 000 livres pour compenser la différence de valeur. Son homme de confiance et secrétaire, le sieur Cyvadat, devint tuteur onéraire des deux enfants tandis que leur père, Pierre Nicolas Camus de Pontcarré était leur tuteur honoraire.

L’inventaire révéla que Macé Le Boulanger avait joui d’une immense fortune dont il avait, il est vrai, hérité une partie de son père. Il possédait dans Paris plusieurs maisons de rapport et hors Paris des propriétés importantes comme celle de Viarmes, Maffliers et Quincampoix. On apprit aussi qu’il avait versé la somme de 130 000 livres pour sa charge de président au Parlement.

1712-1769. Les Camus de Pontcarré

Les deux frères suivirent tout naturellement des carrières au Parlement. L’aîné, Geffoy-Macé y fut reçu conseiller dans l’année de ses vingt ans, en 1718, puis maître des Requêtes trois ans après et premier président au Parlement de Rouen en 1726. Entre-temps il avait épousé Marie Anne Madeleine de Jassaud qui mourra, elle aussi, en couches à 23 ans, lui laissant deux filles.

Quant à Jean-Baptiste-Elie, il continua la tradition en étant reçu conseiller au Parlement le 21 février 1721 avec une dispense d’age puisqu’il avait 19 ans. Il devint maître des requêtes en 1726 et épousa Geneviève Paulmier de La Bucaille, fille d’un conseiller au Parlement.

Lorsque le cadet atteignit sa majorité, en 1726, le tuteur lui présenta ses comptes de tutelle qui donnèrent lieu à quelques contestations. Geffroy-Macé estimait que certaines dépenses qu’on lui imputait ne devaient pas y figurer et que par contre certaines recettes devaient y être augmentées en sa faveur. Aignan Cyvadat le prit de très haut et voulut se pourvoir en justice mais la mort l’atteignit.

Finalement, les héritiers ne voulant pas s’engager dans des procès trop considérables décidèrent en 1732 de transiger. On fit deux états séparés, l’un pour le seigneur de Pontcarré, Geffroy-Macé, et l’autre pour le seigneur de Viarmes, Jean-Baptiste-Elie. Après avoir encore corrigé quelques erreurs et refait les calculs, on s’aperçut que la recette (en 12 chapitres) de l’aîné montait à quelques 741 900 livres alors que les dépenses (en 16 chapitres) atteignaient le modeste chiffre de 722 700 livres. Il y avait donc un excédent, ce qui n’était pas le cas pour le plus jeune. Le seigneur de Viarmes avait dépensé 495 600 livres contre une recette de 463 600. Le seigneur de Pontcarré devait donc à son frère 19 200 livres. Généreusement, il lui versa immédiatement la somme de 1 200 livres en promettant de lui bailler le restant le premier janvier suivant. Il en garantit le payement sur le produit d’une coupe de bois32 .

Après avoir réglé leur différend, les deux frères firent estimer par deux experts jurés du roi les biens immobiliers de la succession de leur aïeul qui étaient si importants que l’expertise dura un an et trois mois, de novembre 1732 à février 1734. Elle nous permet d’avoir une description détaillée de la maison de la rue de Seine33 .

Le président Le Boulanger avait, on l’a vu plus haut, divisé les lieux en plusieurs parties afin d’en obtenir un meilleur rapport. Ils comportaient donc sur la rue deux portes cochères, l’une desservait le bâtiment sur rue, le bâtiment en aile à droite de la cour et le grand corps de logis entre cour et jardin, l’autre permettait d’accéder par un long passage à une grande cour et à des constructions qui servaient autrefois de manège .

Le bâtiment sur rue qui s’étendait à gauche jusqu’au-dessus de l’entrée de la longuerelle, n’avait qu’un seul étage. Au rez-de-chaussée, la porte cochère était encadrée d’un côté par une boutique et de l’autre par une salle qui avait servi autrefois de boutique. Le premier étage comportait deux grandes pièces à cheminée avec chacune une croisée sur la rue, celle de gauche s’étendait au-dessus de la seconde porte cochère. Un « donjon»34 , auquel on accédait à partir du premier étage par cinq marches, surmontait le passage cocher, il était couvert d’ardoise, le reste de la toiture étant en tuile. On avait adjoint à ce bâtiment sur rue un petit édifice d’un étage, en excroissance sur la cour, à droite de la porte cochère. Curieusement, au bout à droite, on avait construit un deuxième petit « donjon « qui était plus élevé que le précédent parce qu’il faisait suite au bâtiment en aile à droite de la cour qui comportait deux étages au-dessus du rez-de-chaussée. Il existait donc sur la rue un petit troisième étage en pavillon élevé au-dessus du comble. Celui-ci était couvert d’ardoise.

Au fond de la cour s’élevait un corps de logis entre cour et jardin qui comportait maintenant deux étages. On entrait par un perron de sept marches encadré de deux rampes. Un grand vestibule conduisait au jardin. À sa gauche partait un escalier dont, cela est bien précisé, les marches des premier et troisième étages étaient en pierre et celles du deuxième, en bois, permettait d’accéder aux étages. À droite de ce vestibule, une antichambre éclairée sur la cour desservait un corridor qui avait aussi fenêtres sur cour. Ce dernier conduisait à une grande chambre à cheminée éclairée par deux croisées sur le jardin après laquelle une garde-robe y avait aussi son dégagement. Le tout était carrelé. Une autre chambre parquetée lui succédait dont une porte ouvrait sur un petit édifice en angle sur le jardin élevé d’un étage carré au-dessus du rez-de-chaussée, couvert de tuile en appentis. On pouvait aussi y accéder du jardin par un perron de six marches. Au bout du corridor, il fallait descendre trois marches pour parvenir à une salle de bain. Éclairée d’une croisée sur une petite cour, cette pièce avait une petite chambre à cheminée au-dessus. En montant le grand escalier, on arrivait à un palier qui desservait une chambre en entresol au-dessus de la longuerelle dont les deux fenêtres donnaient sur le jardin et sur la cour. Le premier étage au-dessus de l’entresol contenait une grande chambre divisée en trois parties formant antichambre, chambre et garde-robe. À droite du palier, les lieux étaient distribués comme au rez-de-chaussée, à savoir antichambre menant à un corridor qui desservait une garde-robe et une grande chambre à cheminée, le tout carrelée de carreaux de terre cuite, puis à une autre grande chambre à cheminée et parquetée et à un cabinet en aile sur la cour.

Au second étage, on trouvait à gauche une grande pièce à cheminée, une garde-robe et antichambre. À droite les lieux étaient identiques à ceux du dessous sauf la deuxième chambre qui était aussi carrelée. Au bout du corridor, une porte permettait d’entrer dans le grenier du bâtiment en aile. Au-dessus du second étage, on avait aménagé un grenier dans la partie droite du principal corps de logis et une chambre lambrissée dans celle de gauche. Le toit était en partie couvert de tuile, en partie d’ardoise avec un faîtage de plomb.

À partir de là, la description des lieux devient un peu plus confuse : il semble qu’au rez-de-chaussée à droite et dans ce corps de logis se trouvait une cuisine avec un fourneau potager, une pierre d’évier, une cheminée avec plaque de fonte et une barre de feu au-devant du contrecoeur. On y accédait par quatre marches. Après cette cuisine, on accédait à deux écuries simples auxquelles on pouvait aussi arriver par un passage aménagé sous le bâtiment en aile sur la cour. Sous la totalité de ce principal corps de bâtiment on découvrait six berceaux de caves.

Le bâtiment en aile sur la cour comportait en son extrémité vers la rue un escalier à vis qui servait à communiquer aussi bien au premier étage du bâtiment en aile qu’à celui du corps de logis sur la rue. En parcourant cette aile vers le fond de la cour, on trouvait ensuite une deuxième cuisine et une salle à cheminée puis des remises et enfin au bout, vers le principal corps de logis, le passage qui permettait d’accéder à une petite cour, au bout à gauche de laquelle un escalier desservait les deux bâtiments, le principal et celui qui était en aile. Cet escalier servait à accéder à deux cabinets aux premier et second étages et à un siège d’aisance aménagé dans le grenier ainsi qu’à deux chambres l’une sur l’autre au-dessus de la salle de bain et éclairées sur la petite cour. De l’autre côté du passage il y avait un autre cabinet d’aisance et une plus grande cour dans laquelle le sieur Robert, perruquier avait aménagé à ses frais un édifice de charpente servant à mettre à couvert un réservoir de plomb pour la salle de bain. Au premier étage de ce bâtiment, on trouvait au bout, vers la rue, un passage avec deux garde-robes en saillie, puis dans l’ordre en allant vers le fond de la grande cour, une salle, une chambre à cheminée avec au bout une porte donnant sur l’escalier commun entre le corps de logis en aile et la maison principale. Le deuxième étage avait à peu près la même configuration. Le grenier au-dessus était en appentis et couvert de tuile.

Derrière la grande maison se trouvait un grand jardin décoré d’allées et de plates-bandes bordées de buis entourant un tapis de gazon. On avait installé au bout du jardin une figure en pierre de Saint-Leu posée sur « un pied d’Estal(sic) » .

Toute les cours étaient pavées de grès. On avait construit à gauche de la grande cour, en saillie et contre la longuerelle, une remise.

Une deuxième porte cochère sur la rue permettait d’accéder à un long passage qui comportait un puit commun avec la maison voisine à gauche, habitée par le sieur Dauvillier, et la maison qui nous occupe. La longuerelle passait ensuite sous la grande maison et conduisait à une cour. Au fond de cette cour, on avait construit un édifice qui comportait au rez-de-chaussée, à gauche en entrant, une cuisine et une petite salle, un couloir conduisant à un escalier. Au premier étage, deux petites chambres lambrissées étaient aménagées au dessus de la cuisine et la salle. Il y avait ensuite deux remises et un passage menant à un grand hangar. À côté du passage se trouvait une écurie. À gauche en aile de la cour, on avait construit une deuxième écurie couverte de tuile en appentis, au bout de laquelle vers le jardin du sieur Robert, il y avait un siège d’aisance et encore une autre écurie, aussi couverte de tuile en appentis à égout sur la cour.

Au moment de l’expertise, la grande maison était louée au sieur Robert qui était perruquier. Le sieur Guillotin, sellier et carrossier, avait signé un bail pour la longuerelle, la cour au fond, le hangar ainsi que les différents petits édifices pour la somme de 1100 livres. Par contre la boutique à côté de la porte cochère ainsi que la chambre, le cabinet et le grenier au-dessus et la cave au-dessous du passage ne faisaient pas partie du bail.

La maison fut estimée à 63 680 livres et l’ensemble des biens immobiliers à la somme de 415 555 livres. Même divisée en deux, la succession était une promesse de richesse.

On procéda ensuite au partage35 et au tirage au sort qui attribua la maison  de la rue de Seine à Jean Baptiste Elie.

1735- . Jean Baptiste Elie Camus de Pontcarré

Le nouveau propriétaire bien que très jeune, il n’avait que 33 ans au moment du partage, était intendant de Bretagne. Ses attributions étaient illimitées dans tous les domaines aussi bien des finances et en particulier des impôts, que de l’agriculture, l’industrie, les ponts et chaussées, les arts et métiers, le commerce, les marchés, la police , les approvisionnements, l’ordre public, le recrutement des troupes, les fournitures des troupes, les affaires ecclésiastiques, les collèges, la librairie, l’administration des municipalités … Cette longue énumération, d’ailleurs incomplète, donne la mesure de son rôle dans l’administration de la Bretagne.

Depuis un an, il était déjà veuf de Geneviève Paulmier de La Bucaille qui venait de décéder à la fin de l’année précédente à 22 ans. Elle lui avait laissé deux enfants Nicolas-Elie-Pierre et Jeanne-Geneviève. Sans doute son rôle d’intendant de Bretagne fut aussi pour lui l’occasion de rencontrer celle qui deviendra sa seconde femme puisqu’il se remaria à Rennes, en 1738, avec Françoise-Louise Raoul de La Guibourgère. Elle était la fille unique d’un conseiller au Parlement de Bretagne et hérita de son père la seigneurie de La Guibourgère dont, plus tard, certains de ses descendants prendront le nom avec e patronyme de Camus de La Guibourgère.

Cependant, malgré toutes ces occupations fort importantes, il continuait à gérer ses biens. En 1737, il renouvela au sieur Guillotin, loueur de carrosses, son bail de la partie arrière de la maison qui se nommait toujours l’Académie 36. Il en coûtait au preneur 1 100 livres.

Le 11 avril 1742, il accepta le transport de bail  ((A.N. ;M.C. ;LXXVIII/689)) que le sieur Robert avait fait au profit du sieur Claude Le Lièvre, écuyer, apothicaire distillateur du roi . Il lui en fit un nouveau commençant le 1er octobre 1743. On trouvait dans le journal « Annonces, affiches et avis divers » du 23 mars 1753 cette petite annonce que faisait insérer le sieur Le Lièvre :

Publicité pour M. Le Lièvre, distillateur

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Lorsque notre parfumeur mourut en 1753, sa femme reprit d’une main de maître l’affaire. Elle avait certainement un grand sens du commerce puisqu’entre 1763 jusqu’à sa mort qui intervint en 1772, elle acquit trois immeubles (un situé rue Dauphine, et deux à Montrouge).

En 1769, elle maria sa fille à un libraire-éditeur célèbre, Jean Thomas Hérissant. Il apportait en dot 400 000 livres (il est vrai qu’il en devait 110 000 à son père). La jeune épouse reçut de sa mère 56 000 livres, ce qui n’était pas si mal pour une veuve qui avait quatre enfants à charge. Jean-Baptiste-Elie de Pontcarré signa le contrat de mariage ainsi que l’archevêque de Paris et le ministre Louis Phellipeaux37.

Trouvant sans doute l’hôtel qu’ils habitaient rue de Grenelle trop modeste, les époux Camus de Pontcarré décidèrent d’acheter une demeure digne de la position éminente qu’occupait le mari. Leur choix se dirigea sur le bel hôtel que Claude Louise Gagnat de Longny, marquise de Louvois, possédait en indivis avec sa sœur rue de Bourbon. Certes, la demeure était fort belle, mais le prix était à la hauteur de sa somptuosité. Il leur fallait débourser 1a somme de 130 000 livres plus 4 800 livres pot-de-vin pour s’en rendre propriétaires. Or, les époux de Pontcarré ne les possédaient point, ils passèrent cependant outre ce détail, peut-être oiseux à leurs yeux, et signèrent l’acte d’acquisition le 30 décembre 1765 devant Me Blacque. Pour accéder à leur rêve, ils empruntèrent 50 000 livres au seigneur de Montmorency-Laval et à sa sœur, par l’intermédiaire de leur tuteur onéraire car ils étaient mineurs. L’emprunt fut signé le jour de la signature du contrat de vente. Ils en reversèrent aussitôt 44 800 aux héritières Gagnat de Longny, mais ils leur devaient encore 90 000 livres. Ils constituèrent donc à la marquise de Louvois et à la demoiselle de Longny, à chacune par moitié, 4 500 livres de rente annuelle et  perpétuelle en échange de 90 000 livres . La dette était énorme,  les épouxdécidèrent donc de vendre une partie de leurs biens fonciers.

1769- An XII. Le temps de la division

Le 15 avril 1769, le couple Camus de Pontcarré vendit  une partie de la maison à maître Claude-Marie-Pie Horque de Cerville qui était un notaire fort connu habitant rue de Seine. La portion qu’il vendait était celle qu’occupait le sieur Guillotin, c’est-à-dire la place qui servait autrefois de manège, le hangar à carrosses, le petit bâtiment comportant quatre chambres et la grande cour dans laquelle l’écurie faisait séparation avec les lieux occupés par Madame Le Lièvre et la longue allée passant sous le grand corps de logis et menant à la rue de Seine. Le tout représentait une superficie de 214 toises (812 m2). Cet achat était fort intéressant pour notre notaire car il possédait depuis peu38 une maison rue du Colombier et pouvait ainsi compléter son jardin de la rue du Colombier et jouir d’une double entrée, l’une rue de Seine et l’autre rue du Colombier.

Il restait donc 250 toises (950 m2) dont la dame Le Lièvre était locataire. Si les surfaces occupées par une partie de la longuerelle et la porte cochère revinrent plus tard dans le giron du 34, le reste ne fut jamais récupéré et vint agrandir le jardin d’un immeuble de la rue du Colombier (aujourd’hui 20 rue Jacob).

Reconstitution : en rose le domaine du sieur de Pontcarré et en vert celui de Me Horque de Cerville (la rue de Seine est à gauche)

Reconstitution : en rose le domaine du sieur de Pontcarré et en vert celui de Me Horque de Cerville (la rue de Seine est à gauche)

C’est à l’extrémité ouest de ce terrain que le « temple de l’Amitié » du 22 rue Jacob fut construit beaucoup plus tard à la place d’un appentis.

La vente rapporta au couple Camus de Pontcarré la somme de 30 000 livres qu’ils versèrent aussitôt à leurs créanciers. L’acheteur avait le droit de faire murer une petite porte qui ouvrait à la fois sur la longuerelle et sur le jardin de la veuve Le Lièvre. Les vendeurs et cette dame ne pouvaient en aucun cas utiliser à l’avenir la porte cochère des lieux vendus. Le seigneur de Pontcarré s’engageait à ne pas surélever les constructions existantes sur le passage et à n’en point bâtir d’autres.

La signature de la vente marqua la séparation de la grande maison et ses dépendances d’avec l’ancien manège. Afin de mieux comprendre ce qui se passa à partir de cette date, nous étudierons séparément leur histoire.

Histoire de la maison principale

Jean Baptiste Elie Camus de Pontcarré continua de gérer les biens qui lui restaient. En février 1770, il fit exécuter des travaux de menuiserie et de charpenterie dans la corps de logis en aile dans le jardin et dans la remise à droite afin d’y installer des cheminées.

Marie Catherine Cléret, veuve Le Lièvre décéda en mai 1772 laissant pour héritiers son fils Louis Elie, distillateur du roi comme son père ainsi queClaude Hugues et Edmé Louis Dominique, mineurs émancipés d’âge.Le sieur Camus de Pontcarré reloua la maison le 17 juillet 1774 au sieur Berte, sous-fermier des domaines du roi en doublant quasiment le loyer  qui s’éleva alors à 4 000 livres.

Le seigneur de Viarmes mourut l’année suivante, à l’âge de 68 ans. Il laissait pour héritiers trois enfants : Louis Jean Népomucène Marie François, Louis François Elie et Jeanne Geneviève. Ces deux derniers renoncèrent immédiatement à la succession considérant qu’elle ne leur apporterait aucun bienfait. C’est ainsi que l’aîné eût en héritage la maison de la rue de Seine. Il devint aussi seigneur de la Guibourgère et se fit appeler Camus de La Guibourgère ((A.N. ; M.C. ; LXXIII/966 , 27 septembre 1775. Renonciation à succession)).

Le 29 mars 1782, François Camus de La Guibourgère qui était alors chevalier et conseiller au Parlement vendit l’Académie pour des raisons qui restent obscures . L’acheteur, un certain Jacques Moulin dit Dumoulin, ancien officier du roi, paya la coquette somme de 72 000 livres pour en devenir propriétaire. L’acte de vente, signé devant maître Lesacher, nous apprend qu’elle comportait des « bâtiments en aile des deux côtés de la cour ». Il y avait donc une nouvelle construction à gauche en entrant.

Succession de Mr agin (Archives de Paris)

Succession de Mr agin (Archives de Paris)

Cet acte scellait définitivement le départ de la rue de Seine de la famille Le Boulanger-Camus de Pontcarré. Elle en fut propriétaire pendant près de 140 ans (1645-1782), sur cinq générations.

Cependant, nous ne pouvons quitter ses derniers membres sans nous intéresser au sort qu’ils connurent pendant la Révolution.

Louis Jean Népomucène Marie François fut arrêté et emprisonné à Saint-Lazare le 30 nivôse de l’an II (19 janvier 1794) puis traduit devant le tribunal révolutionnaire le premier floréal (20 avril) en compagnie de Lepelletier de Rozambo, président à mortier du Parlement de Paris et de 23 autres conseillers. Ils étaient tous accusés d’avoir « signé ou adhéré à des protestations tendant à méconnaître la liberté et la souveraineté du peuple, à calomnier la représentation nationale et à ramener le règne de la tyrannie ». Il confirma bravement devant ses accusateurs la signature qu’il avait donnée et fut immédiatement condamné à mort, exécuté. Louis François Elie, son frère qui était premier président de la cour du Parlement de Rouen, émigra à Londres avec sa femme, Marie-Paule de Vienne, où ils vécurent dans la misère. On dit qu’on le voyait souvent venir dans un atelier de broderie des plus réputés de la Cité demander gravement s’il y avait de l’ouvrage pour madame la Présidente. C’étaient les seules ressources dont le couple disposait39.

Extrait des registres du Parlement A.N. ; X1A 8817

Extrait des registres du Parlement A.N. ; X1A 8817

 

1782 – An VII. Jacques Moulin dit Dumoulin

La révolution ne réussit pas bien non plus au nouvel acheteur, le citoyen Moulin dit Dumoulin, mais pas pour les mêmes raisons.

D’un caractère généreux, il aimait à voler au secours de tous, en particulier de ceux qui étaient proches du théâtre. Sa femme, Jeanne-Françoise Boyer et lui étaient des amis intimes de Charles-Barnabé Sageret, administrateur de trois théâtres  : la République, l’Odéon et le Feydeau., . Une première fois, le 9 nivôse de l’an VII, Dumoulin emprunta  la somme de 13 000 F avec Sageret et deux autres amis, Honoré Bourdon-Neuville et Marguerite Brunet-Montansier, une vieille actrice. Pour son malheur, il donna la maison de la rue de Seine en garantie.

Quelques mois plus tard, Sageret se débattait au milieu des difficultés financières et des intrigues pour faire fonctionner ses théâtres et y accueillir des acteurs et des chanteurs de prestige comme Talma. Le 2 messidor an VII, le couple vendit alors la maison ((A.N. ;M.C. ; LXXXII/696, 2 messidor an VII. Vente)).

L’acheteur était une femme : Marie Suzanne Doucet, veuve d’un certain Etienne Cyprien Renouard de Bussière.

Marie Suzanne Doucet

La maison qui portait alors le n°1377  ne s’appelait plus l’Académie. On signalait dans l’acte qu’elle comportait plusieurs bâtiments construits autour de deux des trois murs qui cernaient la grande maison.  Étaient comprises dans la vente les 25 glaces qui ornaient la maison. Marie Suzanne Doucet s’engageait à verser en numéraires métalliques et non en monnaie de papier les 45 000 F qui représentaient le prix de la transaction ((A.N. ;M.C. ; LXXXII/696, 2 messidor an VII. Vente)).

Cette dernière attendit cinq ans avant de réaliser une autre opération immobilière qui lui tenait à cœur parce que sa soeur, Marie Louise Doucet,et son beau-frère Nicolas Simon Delamarche  étaient propriétaire.

 

Histoire de la longuerelle et du jardin  derrière

Claude Marie Pie Horque de Cerville avait repris en 1760 l’étude de maître Lecointe, installée rue du Colombier (rue Jacob). La même année, il avait épousé Denise Elisabeth Ponson, veuve (sans enfant) d’Adam Jean Baptiste de Lusseux, ancien chef des gobelets du Roy40. En 1766, il avait acquis la maison de la rue du Colombier appelée hôtel de Hollande, dans laquelle il s’empressa de s’installer. La maison qui se dressait entre cour et jardin était assez vaste pour abriter le couple, quatre clercs, deux domestiques et son étude.

Le 20 juillet 1770, il signa un bail de l’ancien manège et de la longuerelle au sieur Antoine Collet, loueur de carrosse et à Jeanne Noury sa femme pour une somme de 800 livres par an41

Maître Horque de Cerville décéda brutalement le 8 juillet 1779 alors que son coffre contenaient l’énorme somme de 171 382 livres qu’il n’avait pas eu le temps de mettre à l’abri42.

Sa femme continua à louer l’ancien manège de la rue de Seine jusqu’à sa mort qui survint en l’an VII . Entre-temps elle avait épousé Jean Alexandre Pauquet. N’ayant pas eu d’enfants, ce sont des parents éloignés qui héritèrent. Ils étaient au nombre de 44 ! et se présentèrent peu à peu …jusqu’en l’an VIII !

Bien entendu, les héritiers ne gardèrent pas les lieux, ils les vendirent par adjudication, à l’audience des criées du tribunal civil du département de la Seine le 19 nivôse an VII. Les adjudicataires furent le sieur Debreuil, inspecteur de la régie des domaines et de l’enregistrement de la Seine et sa femme Louise Adélaïde Tavernier, Joseph Bannefoy, sans profession précisée, et Clémence Françoise Clavier, son épouse.

De l’an VII à l’an XII, les nouveaux propriétaires firent des lieux une exploitation de brasserie et y installèrent tous les instruments nécessaires à ce genre de production : chaudières, moulins, pompes, réservoirs etc. La longuerelle portait le n° 1376 et appartenait à la division de l’Unité.

Les deux couples avaient des dettes, ils revendirent très rapidement les lieux pour la modique somme de 21 450 F, plus 1 450 F pour des objets mobiliers qu’ils laissaient.

Les acheteurs étaient Nicolas Simon Delamarche (qui avait pour épouse Marie-Louise Doucet) et Marie-Suzanne Doucet, veuve d’Etienne Cyprien Renouard de Bussière. Les deux acheteurs avaient fait alliance entre eux pour une raison fort simple : M. Delamarche qui s’annonçait propriétaire dans l’acte de vente avait acquis et habitait rue du Colombier en l’actuel n°20 de la rue Jacob. Sa maison était donc en partie contiguë au terrain vendu. La dame Renouard de Bussière, sa cousine, était propriétaire du n°1377 (c.à.d du n° 34) rue de Seine qui jouxtait la fameuse longuerelle43.

Dans l’acte de vente, ils convenaient entre eux que le sieur Delamarche prenait partie  teinte en rose et la dame Renouard de Bussière la partie teinte en jaune-vert sur le plan ci-dessous :

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Plan des parties vendues (Collection particulière)

Plan des parties vendues (Collection particulière)

Ainsi, le sieur Delamarche et sa femme propriétaire d’un domaine plus grand que celui qui existait deux siècles auparavant.

M. Delamarche décéda le 28 février 1813

1819-1826. Madame Rebut de La Rhoëllerie

La valse des propriétaires continua. Le veuve Delamarche vendit la maison le 7 mars 1819 à M. et Mad. Rebut de La Rhoëllerie dont l’époux était directeur du personnel au ministère la justice. La vente se faisait moyennant le prix de 5300 F de rente perpétuelle 5% consolidés sur le Grand Livre de la dette publique44.

Plan du 34 en 1822

Plan du 34 en 1822

Malheureusement, l’acheteuse contracta plusieurs obligations : la première en mars 1825 d’un montant de 31 000F remboursable en mars 1829, à 5% d’intérêts; la seconde, en juillet 1825, de 19 000 F remboursables à la même date que la première et au même taux.

Le 10 février 1826, ces obligations n’étaient pas remboursées. Pour s’en dégager, le couple vendit la maison à Louis Rémy Magin et Antoinette Louise Sandrié de Jouy, sa femme pour la somme de 130 000 F. En déduction du prix, les acheteurs réglaient directement aux créanciers la somme de 50 000 F et le solde de 80 000 F au couple Rebut de La Rhoëllerie45

La maison portait alors le n°30 et comportait un corps de logis à porte cochère sur le devant, cour, bâtiments en ailes à droite et à gauche en entrant, petite cour derrière le bâtiment sur la droite. Au fond de la grande cour, on trouvait, en face de la porte cochère, un grand corps de logis composé d’un rez-de-chaussée sur perron, premier et second étages au-dessus, plusieurs chambres dans les combles. Un jardin était derrière ce dernier corps de logis avec plusieurs petits bâtiments en aile au bout du jardin ainsi qu’écurie, une remise, et un puits avec pompe.

Lorsque Louis Remy Magin avait épousé en l’an 13 Antoinette Louise Sandrié de Jouy, il n’avait pas une haute situation puisqu’il était facteur à la vente en gros des farines sur le carreau de la halle à Paris. Il apportait 3 000 F en meubles, linge et bijoux. La future montrait déjà ses qualités d’épargnante puisqu’elle était riche d’une somme de 12 000 F provenant de ses gains et épargne.

En 1826, ils habitaient rue Mazarine et louèrent la maison de la rue de Seine à plusieurs locataires d’horizons fort différents : au couple vendeur qui resta jusqu’en 1829 au moins, à Chapron relieur, au notaire Depuille qui était voisin de la veuve Piquet, herboriste

En 1847, un bail fut signé avec David Certain qui était commis chez Vilmorin et dont l’épouse avait une patente d’herboriste. Ils louaient pour 810 F annuels une boutique et une chambre sur la rue ainsi qu’une autre pièce qui s’ouvrait sur la cour, plus une cave dont l’entrée était à gauche du perron de la grande maison.

M. Magin mourut à Versailles le 30 octobre 1854. Une fille Alphonse était épouse de René César Pommier Portefaix, ancien négociant qui demeurait à Paris tandis qu’elle demeurait à Dammemarie dans la Meuse. Ils étaient séparés judiciairement de biens et dans les faits et officieusement de corps. Une seconde fille, Adélaïde, épouse de Théodore Éloi Vivaux demeurait à Versailles avec son mari. Elles étaient toutes héritières de leur père tandis que la veuve, leur mère,  était donataire en toute propriété d’un quart des biens et de l’usufruit d’un autre quart. Les biens immobiliers du défunt consistaient en une maison située rue de la Barillerie qui rapportait bon an mal an 4800 F par an et de la maison de la rue de Seine dont le revenu s’élevait à 10 820 F annuels. L’administration qui continuait à estimer au denier les revenus d’un capital immobilier estima donc le total à 312 400 F.

Succession de Mr agin (Archives de Paris)

Succession de Mr Magin (Archives de Paris)

 

Les deux sœurs laissèrent en indivision la maison de la rue de Seine jusqu’à la mort de Mad. Pommier Portefaix le 19 décembre1886.

Ses héritiers étaient ses petits-enfants : Alphonse Paul Thétard , Claire Hortense Alphonsine Descamps, épouse d’Henry Delcroix, négociant à Lille, et enfin Marguerite Rosine Henriette Louise Descamps, épouse de Charles Marie Joseph Verlay,  industriel aussi à Lille. Le premier était héritier pour moitié car sa mère n’avait eu que lui comme enfant. Ses deux cousines héritaient chacune pour un quart.

La masse des biens à partager s’élevait à 459 260 F dont 229 630 F revenait à Thétard.

Le partage fut fait le 27 janvier 188746.

Dans le premier lot, celui d’Alphone Paul Thétard,  figurait la maison qui nous occupe, prisée à 260 00 F . On la décrivait de la façon suivante :

« Une maison sise à Paris, rue de Seine n°34, comprenant

« 1° Bâtiment sur rue, élevé d’un rez-de-chaussée formant deux boutiques et deux «  entresols

2° Bâtiment en aile à gauche formant l’arrière-boutique et magasin de la « boutique, grenier au-dessus

«  3° Bâtiment en aile à droite, composé de rez-de-chaussée formant écurie et remise, actuellement converti en magasin

«  Entresol, premier étage et deuxième étage mansardé

«  4° Maison principale entre cour et jardin composé de caves, rez-de-chaussée, entresol, trois étages carrés

« 5° Jardin avec petit bâtiment en aile à droite

 

Le nouveau propriétaire était né en 1853 de Jean Baptiste Thétard, ingénieur, et de Louise Suzanne Portefaix. À 19 ans, il s’engagea à l’École Spéciale de Saint Cyr et y fit

Mr. Thétard

Mr. Thétard

l’école de cavalerie, discipline qui le mettait en valeur car c’était un fort bel homme. Grand (1m76), brun, il était très vigoureux et excellent cavalier. Très instruit et très intelligent, il avait un esprit fin et cultivé. D’un caractère calme, ferme et bienveillant, son tempérament rêveur le faisait goûter particulièrement la musique. Toutes ces belles qualités plurent certainement beaucoup à sa future femme, Armelle Chéron. Il demanda à ses supérieurs l’autorisation de l’épouser. L’enquête qui fut faite à son sujet était satisfaisante :elle apportait50 000F de dot et 3 000F en linge, harde, trousseau et bijoux et 31 350F en rente sur l’État. De plus la future était « de très bonne moralité et jouissait d’une très bonne considération ». On lui permit de convoler. Il prit un congé de 40 jours et   l’épousa. Elle lui donna quatre enfants. Il lui offrit plusieurs médailles dont celles d’officier de la Légion d’Honneur et de … Saint Stanislas de Russie.

Étrangement, il prit en 1883 un congé de 3 mois pendant lequel il visita l’Egypte, la Syrie, la Turquie, l’Autriche et l’Allemagne. C’était pour le moins des visites éclairs. Il en fit un rapport au ministère de la Guerre. On l’en félicita. Il réitéra cet exploit en 1886 mais en se bornant à la Syrie et à l’Égypte. Il termina sa carrière comme général de brigade à Bordeaux en 1912. La guerre de 14-18 le vit adjoint au général commandant de la 10e région militaire puis il fut relevé de ses fonctions « pour raison d’économie » en octobre1915 avec une pension de 7625 F annuels47

Le 1er avril 1894 le général Thétard acquit pour le prix de 270 000 F et par adjudication l’autre moitié de la maison qui était restée en indivision.

Enfin il se porta acquéreur de la maison du 32 rue de Seine qui lui fut adjugé pour 50 100 F le 26 janvier 1886.

Il mourut le 3 décembre 1948.

Ainsi se termine cette longue et passionnante étude qui a permis de redonner vie à des personnages illustres ou inconnus ayant eu un rapport quelconque avec ces quelques mètres carrés parisiens. Nous espérons que vous l’avez suivie avec plaisir !

Monique Etivant


 

  1. Qui perçoit les revenus de l’abbaye []
  2. De nombreux documents des Archives Nationales (A.N) attestent de cette acquisition : au minutier central,  VIII/69 ;  LL1124 (comptes de l’abbaye) ; K794 pièce 12 ; S3055 (censier) []
  3. Gilles Le Maître avait reçu de l’abbaye de Saint-Germain un terrain d’un arpent et demi (un demi hectare) en dédommagement des terrains qui lui avaient été pris pour élargir la rue de Seine. Ce terrain mesurait 10 perches (environ 60m) le long de la rue de Seine []
  4. sorte de redevance perçue par l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés []
  5. habitable []
  6. corde avec laquelle on étranglait les criminels []
  7. Arch. nat., :  S 6188. Ce carton contient une copie de l’acte de vente []
  8. Cet inventaire commença le 17 septembre 1622 sous l’égide du notaire de Troyes, assisté de son collègue Martin de la Croix   []
  9. A.N. ; M.C. ; CXXII/439, bail par Jeanne Davy à Pierre Bizet de la Barouère du 16 septembre 1636 []
  10. A.N. ; M.C. ; CXV/89, 5/05/1645 []
  11. Dictionnaire des inventions et découvertes anciennes et modernes publié par l’abbé MIGNE []
  12. Arch. nat., Min. cent. XXIV/105, 18 juin 1606, contrat de mariage []
  13. C’est-à-dire presque deux ans. []
  14. A.N. : H/1806/A. registres du bureau de l’Hôtel de Ville, ce récit est un reflet fidèle de ce document []
  15. Arch. nat. , K999 []
  16.  Cette construction est celle de la fameuse longuerelle qui subsistera un siècle et demi. []
  17.  Arch. nat. : X1a /8817 []
  18. AN :CXV/55 , 8 février 1628, contrat de fondation []
  19. AN : CV/85, 5 août 1648, inventaire []
  20. Maintenant rue Bonaparte. []
  21.  Débats du parlement de Paris p 194 []
  22. Il est mort le 16 avril 1712 à l’âge de 81 ans, ce qui lui donne une naissance en 1631, donc 20 ans en 1651 []
  23. Arch. nat., Min. cent. VI/515, 12 novembre 1660, testament de Claude le Flamant []
  24. AN ; MC : CV/774, 30/10/1666 []
  25. Prosographie des gens du Parlement de Paris de M. Popoff []
  26. AN, MC : VI/601, le 28/04/1695. Mariage Le Boulanger-Camus de Pontcarré []
  27. AN, MC : VI/604 le 17 /09/1696 []
  28. Il faut noter que ce château n’avait pas l’aspect qu’il a maintenant. Des fouilles entreprises sous le château qui abrite actuellement l’hôtel de ville de Viarmes montrent les vestiges d’un ancien château-fort []
  29. A.N. M.C. LXXVIII/496, acte du 24/12/1702 []
  30. A.N. ; M.C. ; CXIX/111, bail du 2 novembre 1709 []
  31. A.N. ;M.C. ; CXIX/115, bail du 4 juillet 1710 []
  32. A.N. M.C. LXXXI/263 28/10/1732, comptes de tutelle. []
  33. A.N. Z1j/734 8 novembre 1732 au 1er février 1734. Procès-verbal d’estimation. []
  34. Dans les bâtiments particuliers, un donjon était un petit pavillon élevé au comble d’une maison. []
  35. Arch. Min.Cent., XV/583. 7 mai 1735. Partage []
  36. Arch. nat., Min. cent., LXXVIII/672, 13 novembre 1737, bail []
  37. AN. ; M.C. ; II/638, contrat de mariage entre Anne Lelièvre et Jean Thomas Hérissant []
  38. A.N. ; M.C. ; LXV/353 . Vente par Jeanne Pracos, veuve Le Lion à Horque de Cerville []
  39. Histoire du Parlement de Normandie par Amable Floquet, p.683 & 684 []
  40. Celui qui sert à boire au roi []
  41. A.N. ;  M.C. ; LXV/368, bail du 20 juillet 1770 []
  42. A.N. ; M.C. ; LXXXVI/805 ; inventaire après décès de Me Horque de Cerville du 17 juillet 1779 []
  43. A.N.; M.C. ; LXV/580. Vente du 21 pluviose an XII []
  44. A.N. ; M.C. ;LXIX/930, vente du 7 mars 1819 []
  45. A.N. ; M.C. ; LXXVII/569, vente du 10 février 1826 []
  46. Arch. départ. de la Meuse 39 Ep 310 []
  47. S.H.A.T. Dossier du général Thétard []
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Une réponse à Le 34 rue de Seine

  1. Marchand Francis dit :

    Bonjour,
    Je suis trés heureux de pouvoir vous lire et bénéficier de votre érudition.
    Je viens de consulter votre article sur le 34 rue de Seine avec intérêt.
    Au 32 est décédé en 1807 Antoine Verne,secrétaire du Roi et conseiller à la cour des Aides de 1760 à 1780.
    Il est le père de Gabriel Verne, magistrat au tribunal de Provins,grand-père de Jules
    l’écrivain universellement connu.
    Je voudrais savoir ce que devient cette maison après son décés ?
    Merci par avance pour votre aide.
    Bien cordialement
    francis Marchand

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